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L'HARMONICA,une Histoire racontée par ST-PAULIEN

 
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Roro


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Localisation: Ste Victoire

MessagePosté le: Lun 11 Aoû - 16:59 (2008)    Sujet du message: L'HARMONICA,une Histoire racontée par ST-PAULIEN Répondre en citant

"L'harmonica" une Histoire racontée par St-Paulien

D'octobre 1947 aux premières semaines du :printemps de 1948,les voyageurs
qui empruntaient les interminables couloirs de la station de métro Châtelet,
passaient devant un jeune homme amputé des deux jambes,du bras droit et
de deux doigts de la main gauche.
Il jouait de l'harmonica.
Devant lui ,il avait placé une gamelle en aluminium dans laquelle on jetait parfois
une pièce de monnaie.Sans cesser de jouer,le musicien remerciait d'un hochement
de tête.
Au coeur du réseau du Métropolitain,la station Châtelet, constitue une plaque
tournante conduisant aussi bien à Neuilly qu'au Pré-Saint-Gervais,à la Porte d'Orléans
qu'à Ivry ou à Vincennes.
Des dizaines de milliers de Parisiens de toutes conditions défilèrent devant le mutilé.
Sans doute certains se souviennent-ils encore de lui.
Beaucoup,il est vrai,passaient sans le voir,ou détournaient la tête et,si d'autres,
brusquement,ralentissaient le pas,c'est que le manchot-cul-de-jatte avait cessé de
jouer La Valse Brune,Sous les ponts de Paris,pour tirer de son instrument
quelques notes de la Petite Monika, ou de Lili Marlène, cette Madelon,
des vaincus.
Mais rares étaient ceux qui,ainsi alertés,avaient le courage de revenir sur leurs pas.
Le nom du jeune homme qui mendiait ainsi son pain est Jean Benvoar .
Il est né le 15 mai 1923 dans les Côtes-du-Nord.

Son histoire commence en septembre 1940.

Le 15 de ce mois ,le maréchal Pétain écrivait dans les Revues des deux mondes:

"Libéralisme,capitalisme,collectivisme sont,en France,des produits étrangers,importés,
que la France,rendue à elle-même,rejette tout naturellement...
L'idée nationale-socialiste de la primauté du travail et de sa réalité essentielle par
rapport à la fiction des signes monétaires,nous avons d'autant moins de peine à
l'accepter qu'elle fait partie de notre héritage classique."


Dans son message du 11 octobre 1940 ,le chef de l'Etat français affirmait que
"le problème des rapports franco-allemands,si légèrement traité dans le passé,
continuait de déterminer l'avenir de la France"

Il ajoutait:

"Nous devons tragiquement réaliser dans la défaite la révolution que,
dans la victoire,dans la paix,dans l'entente volontaire de peuples égaux,nous n'avons
même pas su concevoir."


A Montoire,le maréchal Pétain serra la main du chancelier Hitler et le 30 octobre,
déclara aux Français:

"C'est librement que je me suis rendu à l'invitation du Führer...
C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française...que j'entre aujourd'hui dans
la voie de la collaboration..Je vous tiens aujourd'hui le langage du chef.Suivez-moi."
,

Lorsque, le 22 juin 1941, les Allemands attaquèrent à l'Est l'empire soviétique
( "puissance plus énorme,plus redoutable que celle de Charles-Quint,de GuillaumeII,
de Hitler"
,devait dire le général De Gaulle le 12 novembre 1947),
une Légion des Volontaires Français fut fondée avec l'assentiment du Maréchal.
Le vainqueur de Verdun ne ménagea pas ses encouragements à ceux qui allaient
combattre "le plus grand péril qui ait jamais menacé le monde civilisé",affirmait
le cardinal Baudrillart.
Que disait le Maréchal à ceux qui montaient en ligne,selon l'axe suivi,en 1812,par la
Grande Armée? Je cite:

"A la veille de vos prochains combats,je suis heureux de savoir que vous n'oubliez
pas que vous détenez une part de notre honneur militaire.Il n'est peut-être pas
de tâche plus utile à l'heure présente que de rendre à notre pays confiance dans
sa propre vertu.
Mais vous servirez la France d'une manière plus directe encore.
En participant à cette Croisade dont l'Allemagne a pris la tête,acquérant ainsi
de justes titres à la reconnaissance du monde,vous contribuez à écarter de nous
le péril bolchevik,c'est votre pays que vous protégez ainsi,en sauvant également
l'espoir d'une Europe reconciliée."
,




A marche forcée,la L.V.F accourt donc par Smolensk,Vyazma et Borodino où,
le 7 septembre 1812,Ney avait gagné le titre de prince de la Moskova.
Elle relève le 16ème RI bavavois où Hitler avait servi durant la Grande Guerre,et se
trouve engagée à une cinquantaine de kilomètres de Moscou,à Djukovo,au sud du
lac gelé.
Le 1er bataillon est en pointe.Les Volontaires flanqués à leur gauche par le 19ème RI,
et à leur droite par le 61ème RI de la VII division d'Infanterie bavaroise,attaquent
Djukovo le 1er décembre à midi.
Parmi eux se trouve Jean Benvoar.
Entre le lac et le chemin conduisant de Djukovo à Mavrina l'assaut des compagnies D...
et J...paraît irrésistible,mais un terrible tir de barrage de 76,120 et 150,brise leur élan.
Un coup de main rudement mené par l'adjudant Gobion(4ème Cie) a cependant permis
de ramener une douzaine de prisonniers.
A son tour,la compagnie Dr...après une attaque brillante,a été arrêté.
Aucun canon n'a fait taire l'artillerie des Russes et leurs nids de mitrailleuses lourdes
sont intactes.
Les légionnaires,bloqués à moins de deux kilomètres de leur ligne de départ,défendent
le terrain conquis avec un acharnement,dont nous ne donnerons qu'un exemple:
-une section de pointe de la 4ème Cie,commandée par le sergent Del...est massacrée
par les mortiers et les feux convergents des armes automatiques russes,avecTahir,
un tirailleur algérien,deux gosses de dix-huit ans,Fr...et le Breton Jean Benvoar,se
relaient au fusil-mitrailleur.
Les Soviétiques,invisibles,dans leurs fourrures recouvertes de pèlerines blanches,
ne sont pas à cent mètres.
Le brave Tahir a la jambe arrachée.Fr...,une balle dans le ventre,roule dans la neige.
Benvoar,seul,fait toujours face.
Blessé d'une balle à l'aine,il tirera jusqu'à ce qu'un éclat d'obus de mortier le frappe
à la tête et lui fasse perdre connaissance.
Il demeurera deux jours et deux nuits dans la neige et ne sera dégagé,après une
attaque à l'arme blanche,que le 3 décembre.
"J'ai tenu le maximum,écrit-il.les treize kilos du fusil-mitrailleur,c'est lourd
à manier,par moins 40,quand on a une balle dans l'aine.


Devant Djukovo,les légionnaires s'accrochent farouchement et,jusqu'au 7 décembre,
brisent les contre-attaques ennemies.
Mais les pertes sont énormes.Beaucoup de blessés meurent,le ventre et les reins gelés
On est obligé de creuser leur tombe à la dynamite.
Benvoar survécut par miracle.Une patrouille,le 3 décembre,remarqua le canon du
fusil-mitrailleur qui,n'ayant pas été complètement enseveli sous la neige,pointait
encore,et,découvrit le blessé.
Il fut évacué à Brest-Litovsk où,le jour de Noël,on l'amputa des deux jambes.
A Paris,où il fut transporté en avion,on lui coupa le bras droit et deux doigts de la
main gauche.

Lorsque la France fut libérée,,Benvoar se trouvait à l'hôpital d'Uzès,dans le Gard,
où des religieuses l'avaient caché.
Le septembre,il fut dénoncé et arrêté par les F.T.P communistes,emprisonné,et
condamné aux travaux forcés à perpétuité par la Cour de Justice de Nîmes.
Il quitta la prison de cette ville pour le camp de Mauzac et la Centrale d'Eysses.
Après trois ans de détention,il est libéré et remis à la Croix-Rouge de Villeneuve-sur-Lot.
On veut l'enfermer dans un asile de vieillards.Il a vingt-quatre ans!

" Pris de panique,nous écrit-il,je suis parti pour Paris.C'est la princesse
Galitzine,mon ancienne marraine de guerre,qui paya mon billet.Arrivé dans la capitale,
j'ai couché dans la gare de Lyon pendant dix jours.Je ne pouvais me déplacer que
sur le derrière,car j'avais le côté droit paralysé,et pas de jambes.
Je doublais le fond de mon pantalon d'un paquet de journaux.
J'avais la faim au ventre aussi.
Je voulais me rapprocher des Halles.
Et 'est grâce à un clochard qui faisait les poubelles que je suis arrivé jusqu'au pont
de Châtelet:il m'a servi de taxi.
Pour le payer,je lui ai donné des mégots.
Une fois là,j'allais la nuit dans les Halles ramasser les vieilles bananes,les détritus
de toutes sortes;je redescendais dormir sous le pont,les poches pleines,que je
lavais tant bien que mal dans la Seine.
Le plus dur pour moi,c'était les crises d'épilepsie qui le jetaient par terre à
l'improviste,conséquence des onze ou douze éclats d'obus que j'avais dans la tête.
Bien souvent,malgré le soin que je prenais de me caler avec des vieux journaux,
je me suis retrouvé à quelques de l'eau.
Ces temps m'ont fait apprécier le coeur des filles dites de mauvaise vie.
Elles m'ont donné des cigarettes,des sandwiches,une fois même,un abri pour m'y laver.
J'étais couvert de crasse.
Jusqu'au jour où une femme charitable s'est arrêtée pour me demander comment
il se faisait que je n'eusse pas de voiture de mutilé.
Son défunt mari en avait une,datant de la guerre de 14.
Cette dame m'en fit cadeau.Pour moi,c'était la fortune,bien que la voiture fût à
bandage et toute rouillée.
Et,pour comble de bonheur,quelques jours plus tard,j'eus la chance de trouver,
dans une poubelle,un harmonica!"
,

C'est alors que Benvoar commença de jouer dans les couloirs du métro Châtelet,
et qu'il put manger à sa faim tous les jours.
Avant d'être condamné aux travaux forcés à perpétuité,Jean Benvoar été décoré
de la Croix de Guerre légionnaire française avec palme,de la Croix de Fer,de la Médaille O.S,
de la Médaille d'or des grands blessés,et proposé comme chevalier de la Légion d'Honneur,
en 1943.
Après avoir subi,en 1948,à l'hôpital de la Pitié,une double trépanation,il se rendit en
Allemagne où il se maria avec une infirmière.
Car une femme comprit qui est Benvoar.Une Allemande.
Une Italienne,une Anglaise,une Espagnole,une Française même eussent pu comprendre
aussi,car cet homme se battit pour toute l'Europe.
Celui qui,n'ayant,qu'un bras et trois doigts,fut condamné par la France gaulliste aux
travaux forcés,,n'a droit,dans sa patrie,à aucun secours.
Il a trouvé en Bavière une sorte de bonheur et vit là-bas de sa pension de mutilé.
Son amour de la vie,son enthousiasme et sa fidélité restent admirables.

Le 22 juin dernier-le 22 juin!, il m'écrivit pour me demander si je me souvenais de lui,
"car, me disait-il, je me souviens très bien de vous,vous êtes venu me voir à
l'hôpital de Sresnes..J'espère que vous n'avez pas oublié le 1er Bataillon de la L.V.F
dans votre livre.
Croyez,cher camarade,à mon bon et fidèle souvenir.
Et surtout,beaucoup de courage! Jean Benvoar. "


Il est possible,dans l'histoire des Français,des Européens de trouver des hommes aussi
courageux que Benvoar,mais il nous semble difficile d'en trouver de plus braves,de plus
généreux.
Tant que des hommes de cette trempe existent en Europe,nous avons le droit de dire:
" rien n'est jamais perdu"! *

*(Article paru dans Rivarol ,10/06/1964,p.11)
_________________

"La France est un pays de liberté où chacun a
le droit d'écrire tout ce qu'il pense...
à condition,toutefois,de ne penser que ce qu'il
a le droit d'écrire!"


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MessagePosté le: Lun 11 Aoû - 16:59 (2008)    Sujet du message: Publicité

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