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une voix vers l’Algérie nouvelle, Le colonel Bigeard à Saïda.

 
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1er rcp


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MessagePosté le: Lun 27 Sep - 21:47 (2010)    Sujet du message: une voix vers l’Algérie nouvelle, Le colonel Bigeard à Saïda. Répondre en citant

« - Ils n’ont pas beaucoup de gueule tes gars ! »
Le colonel Bigeard regardait d’un air dégoûté la section de bidasses mal habillés de treillis verts tachés qui rendaient les honneurs aux victimes de la dernière embuscade d’ Oranie.

Le sous lieutenant Cuau était bien obligé de reconnaître que la réflexion du colonel était justifiée. Mais dans ce secteur de Saïda qui se souciait de la « gueule » du contingent ?
La situation était aussi pourrie qu’en Kabylie. Avec le djebel Amour c’était même le secteur le plus dégueulasse de tout l’Ouest Algérien.

C’est pourquoi on le confiait au colonel Bigeard. L’un des plus prestigieux « léopards » était alors en disgrâce. L’état major l’avais mit au coin après la publication d’une interview au cours de laquelle il avait critiqué ouvertement cette « guerre pourrie de colonels rassis et de capitaines à gros bides. » Qui se calfeutraient dans leurs postes entourés de barbelés dés que la nuit tombait.

Si on se décidait à lui donner le secteur de Saïda c’est vraiment que ça allait mal. Et Saïda était l’illustration type des critiques exercées par Bigeard.

3 Katibas sous les ordres de Medjoub tenaient le secteur. En face, le colonel H…, un artilleur partisan de la guerre classique et du « pas d’emmerdes avant tout ».
Durant l’été 1958 les fellaghas avaient mis successivement au tapis une compagnie du 3ème régiment d’infanterie motorisé (3ème RIM) et une section de GCP (Groupe de commandos parachutistes). On n’en avait jamais parlé. Pas plus que des refus d’obéissance de jeunes Saint Cyriens outrés de la politique du colonel H… .

Ce dernier pour ne pas avoir d’histoire faisait exécuter tout les suspects ramassés au cours d’opérations.

Bigeard, écœuré avait accepté le commandement du secteur, conscient du cadeau empoisonné qu’on lui faisait. Cette fois ce n’était plus les paras du 3ème RPC qu’il avait avec lui mais de bons bidasses du 8ème Régiment d’infanterie motorisé (8ème RIM), des spahis, 3 batteries d’artillerie et un régiment de tirailleurs algériens. Mais ça lui plaisait, il allait en faire des troupes d’élite et prouver que le contingent ne vaut que par la valeur de son encadrement.
Les colonels classiques en boufferaient leurs képis et le détesterait un peu plus.

Et le cirque avait commencé, avec ses officiers à gueule de loup, il avait fait tout les jours son cross quotidien suivi par la piscine. Séduits, certains appelés avaient suivis, on leur distribua des treillis ajusté, des rangers.
Surtout on leur avait expliqué la guerre, ils n’avaient plus peur. En quelque semaine avec son rayonnement qui faisait de lui un merveilleux entraîneur d’homme, Bigeard avait transformé les appelés du secteur.

Tout ses hommes rigolaient en se racontant ses accrochages avec ses supérieurs pour obtenir des treillis léopards, des casquettes, du matériel neuf. 50 fois il avait mit sa démission sur la table et avait eu gain de cause. Il fallait que l’on ai vraiment besoin de lui.

Les jeunes aspirants et sous lieutenant avaient rapportés de la popote des officiers un incident qui avait réjouit les appelés du secteur, qui adorèrent un peu plus Bigeard.

L’incident avait opposé durant un repas, le colonel Giraud, magnifique cavalier traditionnel, toujours sanglé dans son bel uniforme de spahis, monocle vissé à l’œil et fier de son père, ancien général.
Bigeard, en tenue léopard, le col de sa veste camouflée largement ouvert sur son torse bronzé n’avait pas grand chose en commun avec le fier cavalier. Celui ci lui fit sentir ne cessait de répéter dans la conversation « mon papa qui était général… ».
Bigeard n’avait pas bronché jusqu’au jour ou il se leva et déclara fièrement
« - mon papa qui était aiguilleur… »
Il s’était rassit et avait fini de manger dans un silence gêné

Les 1er résultats n’avaient pas tardés à arrivés. Bigeard n’attendait pas les fells il allait aller les chercher.
A son arrivée, le 2ème bureau estimait à 1 000 armes de guerres l’armement de l’ALN, a son départ il n’en restera pratiquement plus rien.

Bigeard avait commencé par mettre au pas quelques gros colon de la région, « même régime pour tout le monde »

Apprenant que quelques jeune européens de Saida se réunissait le soir pour provoquer des bagarres, il les avait attendus avec quelques un de ses hommes et les avait arrêté, ceux ci étant sursitaires, il les avait enrôlé dans son commando « Georges », au grand affolement du sous préfet car tout ces jeunes gens étaient les fils des gros colons et notables de la région.

Bigeard avait ensuite démontré aux personnalités de Saida qu’ils vivaient sur une poudrière.
« - Vous vous croyez en sécurité dans une ville barricadée, mais le ver est dans le fruit. Ici ca grouille d’informateurs, de collecteurs. Les fells sont dans le djebel mais toute leur organisation politico-administrative est ici. »
Puis il avait lancé son commando « Georges » sur la trace de l’OPA.

Le commando « Georges » c’était du Bigeard tout craché, un peu de cinéma pour énormément de courage. Et au bout une masse de résultats.
En arrivant à Saida, Bigeard était entouré d’un garde du corps musulman, Z’Ga, immense athlète qui portait en permanence 2 colts 11,43 dont il se servait avec une étonnante rapidité.
Et il y avait le lieutenant Georges Grillot, ancien du 3ème RPC, peu communicatif, un officier à gueule de loup qui ne fréquentait pas les autres officiers, on ne le voyait qu’avec Bigeard.
Toujours à l’affût d’un grand coup à réaliser, les 2 hommes l’avait rapidement trouvé.

On leur avait raconté l’histoire de Youssef. Fils d’un transporteur musulman qui avait eu des ennuis avec l’un des administrateurs européen de la ville. Furieux de voir le peu de considération dont jouissait les musulmans il avait rallié le FLN. Entraîné au Maroc il avait été promu aspirant de l’ALN et agent de liaison et de renseignement de la zone 2 de la Willaya 5. Au printemps 1958, las de la vie des caches et des maquis il s’était rallié à le France, permettant au 8ème RIM de découvrir des caches et des hôpitaux à Hassana et de détruire une katiba complète au dessus de Franchetti. Mais faute d’encadrement de valeur et de politique de suivi, on l’avait laissé sans directive. Avec son équipe de « harkis » qui n’était en fait qu’une bande de truands, il était devenu un bandit de grand chemin, rançonnant et pillant tout ce qui lui tombait sous la main.
Les autorités avaient finies par le mettre en prison à Tiaret ou il se trouvait toujours.

Immédiatement, Bigeard et Grillot avaient fait sortir le bonhomme ainsi que 7 autres fellaghas.
Grillot les avait sermonné.
- Vous allez travailler avec moi, le premier qui bouge, le premier qui essaye de me doubler prend une balle dans la peau.
Le soir même, les 8 hommes dormaient sous la même tente isolée avec le lieutenant, celui ci avait laissé son ceinturon et son pistolet pendu à l’entrée, bien visible.
Le lendemain, tout le monde était là et Grillot était vivant. 3 jours plus tard il partait avec son équipe dans le djebel, seul et sans armes, il avait dit à Youssef.
- Désormais je vous fait confiance, vous assurerez ma protection.
Une semaine plus tard, à la surprise générale, tout le commando revenait et rapportait une mine de renseignement sur l’OPA de Saida.
Le commando « Georges » était né.

Grillot n’y incorporait que des fellaghas prisonniers et ne rendait de comptes qu’au colonel Bigeard. Quelques semaines plus tard le commando comptait quelques 150 ralliés. Bigeard leur avait fait attribuer les meilleurs équipements, brelages de toile, tenue léopard retaillée et surtout les armes les plus modernes, fusils MAS 36/56, PM Mat 49 et surtout les mitrailleuses AA 52.

Le « cirque » Bigeard avait trouvé là un terrain de choix, il faisait dans le médiéval. Les hommes couchaient dans des tentes à l’entrée desquelles étaient plantées des étendards.
Il ne défilaient que précédés de bannières en chantant le plus sérieusement du monde.

Quand dans le désert le lion rugit
L’armée des animaux se terre et s’enfuit
Oui nous sommes les fameux corsaires
Les rois redoutés de la mer.


Grillot faisait régner une discipline de fer dans le commando, on pouvait voir quelques fois un musulman, passé à tabac par ses camarades. Personne ne s’en mêlait, le commando réglait tout en interne.
Grillot rendait sa justice lui même.
Il donnait toujours des grades aux fellaghas qui lui avaient donnés le plus de mal en opération, une manière de féliciter le courage de l’ennemi.
Avec de tels éléments le lieutenant Grillot connaissait tout du djebel et de la population.
En partant d’un collecteur prisonnier, il démolit toute l’OPA de Saida, la bataille d’Alger en milieu agricole.

Cela n’allait pas sans heurts. Les plaintes affluaient sur le bureau de Bigeard à Saida. Le commando « Georges » employait des méthodes qui ne manquaient pas d’indigner les bonnes âmes qui toléraient les exécutions à répétition quelques mois plus tôt.

Les commandos de Grillot avaient le ddroit de justice sur les fellaghas qu’ils découvraient, c’est ainsi que l’on les verra écumer le sud du secteur jusqu'à Tafrent, puis Geryville et Sefra, mais surtout de découvrir le commando FLN de Mohamed Cheikh infiltré dans Saida pour y semer la terreur au moment du 14 juillet.

Pour Grillot qui avait obtenu l’information d’un collecteur, pas d’hésitation,
- On les attaque avant ou c’est le carnage
Et il lance ses ralliés dans la fourmilière.
Les hommes de Mohamed Cheikh s’étaient réfugiés dans une cache à moins de 100 mètres du PC du 8ème RIM. Il fallut donner l’assaut appuyé par des Half Tracks.
Par représailles Bigeard donna à saccager toutes les maisons du voisinage aux commandos.
Par dérision, Grillot fit défiler le chef FLN Mohamed Cheikh avec une corde autour du cou et un poignard entre les dents. Il tentera de s’évader mais sera tué par un chien du peloton cynophile.

Bigeard avait une fois de plus gagné, le FLN était extirpé, l’ALN vaincue et la population pacifiée. Et qui plus est le plan Challe était passé également.

On montra même en exemple le secteur de Saida à de Gaulle qui vient en inspection.

Avec son commando Georges et ses mises au pas des gros propriétaires européen, le colonel Bigeard avait montré la voie à suivre pour une Algérie nouvelle étroitement liée à la France.

Sources : Yves Courrière, la guerre d’Algérie volume 3, l’heure des colonels.


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MessagePosté le: Lun 27 Sep - 21:47 (2010)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Mar 28 Sep - 09:21 (2010)    Sujet du message: une voix vers l’Algérie nouvelle, Le colonel Bigeard à Saïda. Répondre en citant

Le seul regret qu'on peut avoir, c'est qu'un tel bonhomme ait préféré au final les étoiles de général et une fin de carrière pépère !
Lorsqu'on lit ses bouquins, on peut y voir tout de même une certaine amertume et des regrets... Car ce qu'il constate avec désespoir sur l'état de la France actuelle n'est que la suite logique de la politique gaulliste de 1962. Et ça, il ne pouvait l'ignorer !
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lebel


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MessagePosté le: Mar 28 Sep - 10:54 (2010)    Sujet du message: une voix vers l’Algérie nouvelle, Le colonel Bigeard à Saïda. Répondre en citant

Bigeard , sa gouaille , son courage et son franc parler .............un grand bonhomme !

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Avricourt


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MessagePosté le: Sam 16 Oct - 15:02 (2010)    Sujet du message: une voix vers l’Algérie nouvelle, Le colonel Bigeard à Saïda. Répondre en citant

Grande gueule, ça c'est sur... mais il aurait pu se mouiller un peu plus pour l'Algérie française, non ?
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 17:58 (2016)    Sujet du message: une voix vers l’Algérie nouvelle, Le colonel Bigeard à Saïda.

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