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les rappelés de Pouget.

 
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1er rcp


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MessagePosté le: Mar 8 Mar - 00:49 (2011)    Sujet du message: les rappelés de Pouget. Répondre en citant

Pour conduire la guerre, le commandant en chef, le général Lorillot, a désespérément besoin de troupes, en plus du contingent mobilisé, on emploi des rappelés, des hommes ayant déjà fait leurs temps de service, que l’on arrache à leur vie quotidienne pour les plonger dans le maintient de l’ordre en Algérie (car on ne parle pas encore de guerre)

Etre appelé ou rappelé en Algérie en ce début 1956 n’était pas de tout repos ni vraiment un plaisir. Les corps d’élite avaient des chefs compétents, vivant au milieu de leurs hommes, le meilleur équipement, les meilleurs cantonnements.

Les appelés avaient en revanche tout l’inverse, on leur confiait des gardes sans intérêt avec des tenues en loques, qui plus est, ils crapahutaient par tout les chemins la peur au ventre car personne n’avait prit la peine ni le temps de leur expliquer les évènements ou de leur apprendre à se battre.
Leurs officiers n’avaient pour la plupart pas fait l’Indochine, ils ne comprenaient pas grand chose à cette guerre non plus, ils avaient l’opinion toute faite des riches colons chez qui ils passaient leurs soirée : « les arabes ne comprennent que la trique. », quand aux sous officiers, des adjudants de quartier frisant la caricature qui n’aspiraient qu’a tirer leur temps jusqu'à la retraite et les partisans du « pas d’emmerdes avant tout ».

Le camp d’Aïn-Rich au sud de Bou-Saada était le plus flagrant exemple de la mauvaise volonté d’un encadrement idiot et du peu d’explication à la guerre.
On y avait parqué là, environ 1 000 rappelés parisiens, qui avaient saccagé une gare dans le trajet les menant à Marseille. Les 40 officiers et les 9 sous officiers avaient renoncés a donner quelque ordre et vivaient retranchés dans leur mess. Les hélicoptères de ravitaillement ne se posaient même plus dans le camp, et pour cause, les rappelés en avaient détruit un. On leur balançait des caisse de ravitaillement et l’état major essayait de les oublier.

Jusqu’au jour, ou le général Malaguti, inspecteur de l’armée (à qui on avait bien caché ce régiment d’insoumis) était en inspection dans la région de Bou-Saada.
Son pilote le prévint qu’un problème de moteur allait les forcer à se poser à Aïn-Rich. A sa descente d’hélico, le général fût accueilli par une bande de types hirsutes, sales, en tenue crasseuse, moitié militaire et civile. Qui au lui de lui rendre les honneurs le regardaient comme une bête curieuse en ricanant.

Le général se mit à hurler d’indignation.
- Mais enfin je suis général
- On a vu pépé, mais gueule pas si fort.
Le tintamarre fit enfin venir un officier, un capitaine bedonnant pas très clair non plus qui s’excusa comme il pût.
- On ne peut tout de même pas les tuer mon général !

De retour à Alger, Malaguti fit son rapport à Lorillot en lui ordonnant de faire cesser cet état de chose.
Lorillot convoqua alors le commandant Jean Pouget.

Pouget avait fait une demande de congés sans solde, il avait vu comment se déroulait les choses en Algérie.
Il avait prévenu tout le monde.
- Il y a beaucoup plus d’européens qu’en Indochine, ca sera plus dur, et vu comment vont les choses, je préfère m’en aller.
Lorillot lui refusa son congé et le muta à Aïn-Rich.

Jean Pouget était parachutiste. Il était à l’époque de Dien Bien Phû l’aide de camp du général Navarre. Vers la fin de la bataille, alors que tout était fichu, il décida de quitter son poste et se fit parachuter sur le camp retranché pour y rejoindre ses camarades paras.
A la chute du camp, ce fût les camps viets.
Pouget était le type même de ceux que Lartéguy appellera les Centurions, les officiers qui comprirent comment vaincre l’ennemi en appliquant ses méthodes.

En arrivant à Aïn-Rich, Pouget traversa le camp sous les regards inquiets des rappelés.
- Pas l’air commode le nouveau commandant.
La tenue « léopard » ajustée au plus prés du corps, le blouson largement ouvert sur la poitrine bronzée, les bottes de saut montant haut sur la cheville, la taille mince serrée par le ceinturon. Pouget en imposait.
Il rassemblat tout le monde et devant le régiment dégrada plusieurs officiers et sous officiers.
- Vous êtes indignes de votre mission, dégagez !
Puis il se dirigea vers les cuisines qu’il jugea très sales.
L’ignoble tambouille qui cuisait dans une gamelle sale fût jetée a terre d’un revers de main.
L’adjudant responsable craignait qu le commandant découvre qu’il se servait des fonds qu’on lui alloués pour nourrir les hommes afin de s’enrichir personnellement.
Pouget lui annonça.
- Je ne vous demanderais pas vos comptes, ils doivent être aussi dégueulasse que votre cuisine, foutez le camp.
Il désigna 2 rappelés qui ricanaient,
- Je vous nomme sergent, 2 sergents vaudront bien un adjudant comma ça, et faites nous de la bonne bouffe, elle sera la même pour vous que pour moi, l’intendant aura les ordres.
Les rappelés commencèrent à voir d’un bon œil se nouveau venu qui bouleversaient leurs habitudes monotones, pourtant il restait encore pas mal d’hommes franchement hostile à Pouget.
- On va pas se laissé avoir à tout se chiqué ! Gueulait l’un d’entre eux.
Les autres approuvaient.
- Oui c’est vrai la quille, la quille bordel !
Pouget arriva dans le groupe, seul et sans armes, il se fit les 3 plus énervés d’une seule « châtaigne » et les étendit KO, puis il sorti et ne leur adressa plus la parole jusqu’au lendemain.

Au réveil le lendemain matin, il y avait du pain frais, du vrai café, de la confiture, le rassemblement fût ordonné.
Pouget s’adressa a son bataillon.
- Messieurs, je ne vous saluerai que quand vous ressemblerez à autre chose qu’a des clochards, si vous avez un peu de respect pour vous, allez vous laver, vous raser et vous habiller convenablement. Vous n’allez pas vivre comme des bêtes, vous devez être propre et je dois vous donner les moyens de vivre proprement. Je vous donne un foyer, vous aurez les fonds nécessaires et vous l’organiserez comme vous voudrez, pas un sous officier n’y participera, vous n’avez qu’à élire 2 types par compagnie.

Quelques rappelés s’étaient mis au garde a vous, instinctivement, Dans la journée la plupart des hommes étaient lavés et rasés, les cheveux avaient étés coupés. Pouget avait fait distribuer des treillis neufs.
Il expliqua à son 1er lieutenant.
- L’action psychologique c’est d’abord l’information, je veux qu’on écoute la radio, que des bulletins d’informations soient faits par les hommes, que nous organisions des conférences sur l’Algérie, sur les causes que défendent les Fellaghas, sur les nôtres et que se soit soigné ! Un officier qui vient expliquer à ses hommes pourquoi on fait la guerre en Algérie sans le savoir lui même, on l’envoie chier, demain matin, tout les hommes et les officiers sous les armes, on part en opération à 5h.

Les camions les conduisirent jusqu’à Djelfa ou Pouget alla saluer le commandant opérationnel pour le Sud Algérien, Un secteur était tenu par un vieux colonel qui attendait là de passer général, en 6 mois il n’avait pas trouvé un rebelle dans le coin alors qu’ils y faisaient ce qu’ils voulaient.
A sa sortie de l’entretient, Pouget s’aperçut que 2 magasins avaient étés pillés par ses rappelés.
Il ne dit rien et rembarqua tout son monde dans les camions.
En plein djebel à – 12 degrés il fit arrêter son convoi et annonça.
- 2 magasins ont étés pillés, je ne veux pas savoir par qui, il y a 120 km, on rentre à pied ça vous réchauffera !

Au cours de la marche, 2 éclaireurs de pointe ramenèrent, un musulman terrifié à Pouget.
Il raconta que Si Ziane, un marabout menant la rébellion pour son propre compte avait trouvé refuge avec ses hommes dans 2 grottes toutes proches.
Ce fût la baptême du feu pour les rappelés, la fusillade fût brève mais intense et les hommes de Pouget anéantirent la bande sans une perte. Une section n’avait pas participé à l’assaut par lâcheté de son lieutenant. Pouget décida de jouer sa carte psychologique. Il désigna la section coupable.
- Ici au bataillon, nous n’avons pas besoin de saloperies comme vous, tous se sont battus comme des lions sauf vous, nous on prend les camions, vous dégagez, 5 cartouches par hommes et un bidon d’eau, vous n’avez plus votre place parmi nous.

De retour à la caserne, Pouget fit faire des bérets kakis, que les hommes purent acheter et porter lorsque le commandant les en eut jugés dignes, c’était la rivalité entre ceux qui avaient le béret kaki et les autres.

Il subsistait pourtant un noyaux d’irréductibles, en passant avec un de ses lieutenants devant une tente, Pouget entendit.
- Vous vous êtes laissés avoir comme des enfants de cœur, disait l’un d’eux a ses anciens amis. Vous me faites dégueuler, moi le commandant, je vais le buter, je vais me le faire au couteau.
- Conseil de guerre, murmura le lieutenant, celui là il est bon.
- Restez tranquille, mon vieux. Dit Pouget. Laissez moi faire.
Il entra sous la tente, les conversations cessèrent immédiatement, dans un silence de mort, il se dirigea vers le rappelé et lui demanda.
- C’est toi l’orateur ?
Le jeune homme fit un signe de tête timide. Pouget lui balança alors une énorme paire de claque et conclut.
- 2 baffes dans la gueule, c’est tout ce que ça vaut tes conneries.
Puis il sortit sans ajouter un mot et ne reparla plus jamais de l’affaire.
Celle ci fit le tour du camps, tout le monde savait que le garçon risquait le tribunal militaire et la prison pour avoir menacé de mort un officier.

Ses hommes étaient conquis, ils adoraient Pouget et souhaitent lui ressembler, aussi à la 1ère occasion il leur offrit la chance de gagner leur brevet de parachutiste, ils l’obtirent presque tous.

Les 1er « Léopards » rappelés étaient nés.

Sources : Yves Courrière, la guerre d’Algérie, volume 2, le temps des léopards.


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MessagePosté le: Mar 8 Mar - 00:49 (2011)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Mar 8 Mar - 08:45 (2011)    Sujet du message: les rappelés de Pouget. Répondre en citant

Celà confirme ce que j'avais déjà dit sur la "formation" des jeunes appelés du contingent dans les casernes métropolitaines... Deux mois de classes "modèle 36 modifié 39" et hop ! Sur le Sidi Okbah...
_________________
"Je hais ces mensonges qui vous ont fait tant de mal"


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