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L’épopée de Jean Servier, professeur devenu chef de guerre

 
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1er rcp


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MessagePosté le: Jeu 7 Avr - 01:20 (2011)    Sujet du message: L’épopée de Jean Servier, professeur devenu chef de guerre Répondre en citant

fin octobre 1954
Jean Servier, ethnologue chargé de mission par le CNRS, connaissait bien l’Aurès depuis le temps qu’il le parcourait dans ses diverses recherches. Il y avait lié de très bons contacts avec la population musulmane.
En revenant d’une cérémonie religieuse assez secrète, a laquelle il avait eu l’honneur d’être convié, un notable musulman de ses amis, s’approcha de lui.
- Il va falloir que tu parte.
- Mais je n’ai pas fini mon travail ! Objecta Servier
- Ca ne fait rien, demain tu partira.
- Demain ? Pourquoi demain ?
- Ce sera demain, bonsoir.
Servier était médusé, jamais le caïd ne lui avait parlé sur ce ton

Le lendemain matin, le caïd revint trouvé Servier et lui annonça.
- Il faut que tu parte vite, ce matin !
- Mais pourquoi si vite ?
Le caïd hésita puis fini par annoncer.
- Le collecteur d’impôts doit venir. La population sera très remontée contre les européens, ce ne serait pas prudent de rester. Les gens t’accueillerons très mal.
Servier, qui est un homme d’expérience, ne veut pas compromettre ses bonnes relations avec la communauté musulmane, il fait téléphoner à la commune mixte d’Arris afin qu’une jeep vienne le prendre au village situé un peu plus loin. Le problème c’est que la commune n’a pas de véhicule disponible avant 2 jours.
Il rapporta l’incident au caïd.
-Je ne peut partir qu’après demain.
- Non il faut que tu parte aujourd’hui, tout de suite, je t’accompagne au village de la route, 2 de mes hommes se chargerons de tes valises.
Cette fois c’était du sérieux, le caïd ne voulait pas attendre…

Au village « de la route », Servier rencontra le Taleb (le maître d’école coranique). Servier senti immédiatement l’hostilité de la population musulmane envers lui, alors que d’ordinaire sa connaissance des coutumes en faisait un ami.
Mais là, pour la 1ère fois, il se sent « l’étranger ».
Le Taleb, le prend par le bras et dit bien fort, afin que tout le monde l’entende.
- Je t’invite à venir manger le couscous à la mosquée !
Servier à compris, connaissant les traditions, il sait que cette invitation revient à dire « je prend cet homme sous ma protection, que personne ne lui fasse de mal ».
Le repas terminé, une traction avant l’attendait devant la mosquée, ses valises et son matériel étaient déjà arrimés sur le toit.
Le Taleb lui sert la main et conclut
- Regagne Arris, cela vaut mieux pour tout le monde, Dieu le veut.
- Dieu le veut. Répond Servier en s’engouffrant dans la voiture.

Servier est arrivé à Arris et y a passé la nuit. Il s’éveille à 7h30 le 1 novembre, après s’être préparé, il descend de sa chambre et trouve le gérant de l’hôtel. Celui ci fait grise mine.
- Ca n’a pas l’air d’aller ? demande l’ethnologue.
- Non, ils ont tirés, ils ont attaqués le car et tué les instituteurs, le caïd de m’chounéche est à l’hôpital.
Servier pense que le « ils » désigne les bandits de l’Aurès, mais en général les règlements de compte et les vendettas se règlent entre musulmans, on ne toucherait pas à un européen.
Il sort et tombe sur Rey, l’administrateur civil d’Arris qu’il connaît bien. Celui ci paraît dans tout ses états.
- A vous voilà, aidez moi à distribuer ces armes ! crie t’il en voyant Servier.
- Mais que ce passe t’il enfin ? Demande à nouveau Servier.
- Ils ont attaqués le car et tués les instituteurs, les Monnerot, ces salauds les ont laissés morts sur le bord de la route, c’est ce que le chauffeur du car nous a raconté.
- Eh bien il faut aller les chercher ! s’exclame Servier.
- Impossible, répond l’administrateur, Arris est bloqué. Des montagnes au dessus, ces salopards nous arrosent si on sort ! Je viens de prévenir par radio. La commune mixte est en état de défense. Nous sommes cernés et bloqués par les rebelles, je ne peut envoyer personne, j’ai besoin de tout mes adjoints pour protéger la ville et les européens.
Servier se propose alors d’y aller, l’administrateur accepte et lui dit de prendre une jeep, un camion et des armes.

Jean Servier ne sait pas conduire, il prend avec lui 2 musulmans, employés à la commune. 2 maçons italiens de passage à Arris se proposent de venir. Servier leur adjoint des hommes de la tribu des Ouled Abdi qu’il connaît et un officier de réserve musulman. L’ethnologue s’arme d’une MAT 49 et en donne une autre aux italiens qui conduisent la jeep. Tout les musulmans sont armés de fusils.
La petite caravane sort de la ville avec précaution, s’attendant à être mitraillée de toute part, mais rien ne se produit.
Arrivés aux falaises de Tighanimine, Servier fait stopper les véhicules et continuer à pied. D’après les renseignements les corps des 2 jeunes instituteurs doivent se trouver à quelques km au lieu même de l’embuscade contre le car.
A midi, le petit groupe s’arrête, ils distinguent 2 silhouettes, l’une étendue au sol et l’autre accroupie à coté, Servier distingue les traits c’est la femme qui est accroupie, l’homme remue quelques peu puis s’affaisse définitivement, courant à perdre haleine Servier arrive, la jeune femme le regarde puis laisse tomber.
- Vous arrivez trop tard.
La malheureuse se laisse tomber au sol en sanglotant
Soudain un Ouled Abdi montre le versant opposé de la montagne, Servier voit des hommes en djellaba qui courent, peut être des bergers, peut être des rebelles, il fait placer ses hommes en protection et ordonne d’aller chercher le camion.
Les 2 Italiens mettent le cadavre de Mr Monnerot dans le camion et Servier fait monter la jeune femme dans la Jeep. Elle est blessée à la hanche et doit être rapidement soignée.
Mais le camion refuse maintenant de démarrer.
- Ca ne marche plus, on reste ici ! annonce le chauffeur musulman.
Les Italiens ouvrent le capot et décèlent vite la panne, durite arrachée, mais ils peuvent réparer.
Le chauffeur a pâlit, Servier a compris, ce type est de mèche avec les rebelles, il arme sa MAT et l’enfonce dans le dos du musulman.
- Si on va au fossé, la rafale part.

le docteur d’Arris attend prés de la porte de l’hôpital, il est ravi et surpris de voir la jeune femme encore envie.
Servier rend compte à l’administrateur de sa mission, en entrant dans le bâtiment, il tombe sur le secrétaire général de la préfecture de Constantine en visite dans l’Aurès.
Servier remarque sa mine attristée et demande ce qui ne va pas
- c’est la catastrophe, en plus des instituteurs et du caïd, un ethnologue qui étudiait les mœurs de la région a été tué également !
Servier éclate de rire et le détrompe
- Mais c’est moi l’ethnologue.
L’homme est surpris, il contemple un jeune gars en chemise ouverte et pantalon de toile avec une MAT autour du cou, il se faisait une autre idée des savants.

Jean Servier déjeuna avec l’administrateur Rey puis sorti en sa compagnie pour inspecter les défenses de la commune.
A sa plus grande surprise il constate que des fusils mitrailleurs ont étés mis en batterie sur les toits.
- Qu’est ce que c’est que ca ? Interroge le savant.
- Des FM !
- Sur les toits ?
- Bien sur la défense de la commune l’exige !
Mi amusé, mi révolté Servier réplique
- Mais ils ne vont pas arriver en Stuka vos arabes !
- Ce sont les ordres ! réplique Rey
Les ordres en effet, mais ils datent de 1939 et ont étés distribués dans des dossiers lors de la déclaration de la dernière guerre.
Un peu dépassé l’administrateur demande à Servier.
- Vous vous y connaissez ?
- Un peu je suis officier de cavalerie de réserve.
- Et bien moi Maréchal des logis chef, comptable d’artillerie, prenez le commandement !
Servier abasourdi, réplique.
- Mais c’est aux gendarmes de faire ça !
- Les gendarmes ont la consigne de ne riposter qu’en cas d’attaque dans leurs locaux, et ils s’y sont barricadés et ne veulent pas en sortir.
Servier écœuré accepte, il décide de reprendre les armes distribuées aux européens pour éviter que les choses virent à la ratonnade.

Il réussit tant bien que mal à les récupérer, il décide de constituer une autodéfense avec les hommes de la tribu des Ouled Abdi qu’il connaît bien et en qui il a toute confiance. Il convoque leur chef et lui annonce son projet.
- Pourquoi ? Réplique le chef ?
- Si les fellaghas attaquent ça ira mal !
Pour défendre Servier les hommes se seraient fait tués mais se foutaient pas mal de ce qui pouvait arriver aux autres européens, l’ethnologue reprit alors le pas sur le chef de guerre, il se souvint de la rivalité entre la tribu des Ouled Abdi et celle des Touabas. Il décida de jouer la dessus.
- Ce sont les Touabas qui sont en rébellion.
- Donne nous les fusils, il y a longtemps que je dis qu’on ne devait pas les laisser vivre ces fils de chiens.
Servier fit armes les Ouled Abdi et les fit encadrer par des européens qu’il connaissait également, il fit fortifier les principaux bâtiments avec des sacs de sable et placer les FM aux points stratégiques. Puis il fit dresser la liste des volontaires pour la garde de nuit.
En la relisant il s’aperçut que le secrétaire avait inscrit « Monsieur » devant les noms européens et non devant les noms arabes
Servier fit prévenir Batna par radio de sa situation, toute l’Algérie était dépassée par les évènements, on lui promit toutefois des renforts au matin.

Toute la nuit, la commune attendit l’attaque qui ne vint pas, au matin Servier vit entrer les éléments du groupe d’artillerie du capitaine Gazzerie arrivant de Batna.

Quelques jours plus tard, un colonel de para écouta avec intérêt les conseils et le récit de Jean Servier sur la région. Il commandait les 1ers éléments de la 25ème Division d’Infanterie Aéroportée (25ème DIAP, future 25ème DP )arrivée en catastrophe de métropole pour pallier le manque de troupe en Algérie.

Pour gagner cette guerre il fallait connaître l’ennemi, les 1ers Léopards flairaient le terrain, ce colonel s’appelait Ducourneau.

Sources : Yves Courrière, la guerre d’Algérie Tome 1, les fils de la Toussaint


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MessagePosté le: Jeu 7 Avr - 01:20 (2011)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Jeu 7 Avr - 10:20 (2011)    Sujet du message: L’épopée de Jean Servier, professeur devenu chef de guerre Répondre en citant

Voilà un récit qui éclaire la complexité de ce conflit et qui démontre s'il en était besoin que tous les "Algériens musulmans" n'étaient pas des fellaghas en puissance !
C'est bien par la terreur que le FLN réussira petit à petit à s'imposer. Qu'on ne vienne donc pas me parler de "révolution d'un peuple opprimé" !
_________________
"Je hais ces mensonges qui vous ont fait tant de mal"


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