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Sur les traces du Capitaine Borella

 
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Bastien31000


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MessagePosté le: Mar 29 Nov - 16:43 (2016)    Sujet du message: Sur les traces du Capitaine Borella Répondre en citant

Bonjour à tous,
 
Merci de m’accueillir dans ce forum. Permettez-moi de me présenter ainsi que la requête qui me conduit à vous.
 
Fils d’un jeune officier de Légion tombé au Tonkin le 18 Juin 1954, je suis né 13 mois plus tôt. Je n’ai donc pas connu mon père.
Sorti de Saint-Cyr, promotion Nouveau Bahut, il avait choisi la Légion par idéal. Basé en Tunisie au 6ème REI puis à la 13ème DBLE du Lt-colonel Rossi, il fait un premier séjour en Indo début 1950  (II/3ème REI) et participe à la bataille de la RC4 au sein du Groupement Rose (voir le livre de son ami Henri Estève « Médecin sur la RC4 », Indo Editions 2003). Il retourne sur place début 1954 et saute sur une mine (cf revue Camérone du 1/5/1955, page 77 et 78)
 
Pupille de la Nation, notre grand-père maternel nous a adopté avec ma sœur née peu après le DC de Papa.
Ex officier-interprète des Affaires Indigènes au Maroc et en Tunisie, Grand-Père avait été gravement blessé pendant la Guerre du Riff. Il avait ensuite affronté Rommel en Tripolitaine puis les italiens dans le sud tunisien. Passé à la vie civile il est nommé Contrôleur Civil dans ce pays où il vivra l'indépendance.
 
Fidèle à une parole donnée, il m'avait programmé pour suivre le chemin tracé par mon père, j’ai cependant préféré le parcours plus indépendant de reporter.

C’est ainsi qu’en 1975 j’ai vécu au Cambodge le siège de Phnom Penh où j’ai connu un capitaine français combattant les Khmers rouges. 7 mois plus tard il était tué par la dum-dum d’un sniper à Beyrouth. Son nom ? Alexis-François Borella, dit aussi « Dominique » ou « Capitaine François ».

C'est à son sujet que je viens à vous.
 
Sur la piste d’un dinosaure dont il ne reste qu’un tibias et deux dents
 
Cambodge, 4 février 1975.
Sur la rive du Mékong faisant face à Phnom Penh se déroule une bataille désespérée pour mettre fin aux tirs de roquettes qui matraquent la capitale.
Ce jour là Dith Pranh, est mon guide-interprète, mon "fixeur" comme on dit dans notre jargon - En 1984, le cinéaste britannique Roland Joffé relatera son terrible parcours dans le film The Killing Field (La Déchirure) - Donc ce 4 février 1975, jurant qu’un capitaine français combat les Khmers rouges dans notre secteur, Dith Pranh me conduit à lui.
 
Face à la jungle, un grand gars en treillis US me tourne le dos. Je dis « Vous êtes français ? » il se retourne vivement et le canon de son AK 47 me casse deux dents ! « Tu fais une photo, t’es mort ! » menace t-il. L'homme ne plaisante pas, je n'en mène pas large mais en apprenant qui avait été mon père il finit par baisser son arme ; c’était un ancien képi blanc.
 
Doté d’un physique à la Robert Redford ce gaillard aux cheveux blonds-paille, aux yeux d’un bleu pénétrant, a une prestance, un allant qui suscite une dévotion quasi mystique de la part des hommes qui l’entourent. Un "Soleil" dira plus tard la toute jeune fille qui l’a vu tomber au Liban.
 
Le lendemain j’apprends que Borella a été touché. Une balle lui a percé une joue sans même effleurer une dent, un éclat de grenade a légèrement  amoché une cuisse et un autre a ricoché sur sa gourmette sans plus de dégâts ; une gourmette où il est inscrit « DOMINIQUE ». Etait-ce en souvenir de Dien Bien Phu? Je le revois donc sur une civière là où je l’avais quitté la veille et je le suis chez Growin, le très fameux médecin de Dien Bien Phu qui avait ouvert une clinique privée à Phnom Penh. C’est clair, les deux hommes se connaissent bien…
Sur son lit d’hôpital, Borella raconte sobrement qu’il a été élevé au grade de capitaine par le Maréchal Lon Nol en personne, avec pour mission de créer une brigade parachutiste. Le colonel cambodgien qui le supervisait, et dont j’ai conservé des photos, arborait lui même sur son treillis le brevet para français…
 
Rapidement remis sur pieds, Borella rejoint son unité qui sera la dernière à résister aux Khmers rouges sur l’aéroport de Pochentong, puis dans le centre de Phnom Penh. Ses hommes dispersés dans la nature, il parvient ensuite à rejoindre l’ambassade de France où, noyé dans le flot des réfugiés étrangers, il s’exfiltre du Cambodge sain et sauf (Voir aussi le témoignage de François Bizot dans son livre « Le Portail », éditions La Table Ronde 2001)
 
J’ai revu Borella à Marseille en juin 1975. Au nom de l’Occident Chrétien, il était en partance pour le Liban qu’il voulait aider. Lors de cette rencontre il me semble qu'il avait évoqué Jean Kay, mais je n'en suis plus certain. Ce dont je suis sûr c'est que, prémonitoire, il avait précisé « Je n’en reviendrai pas vivant ». Il fut en effet anéanti par ce tir de sniper fin septembre de cette terrible année. L’information me fut confirmée sur place en 1976, pendant la bataille de Tall el Zaatar.
 
Le squelette d’un dinosaure
 
L’affaire aurait pu s’arrêter là si je n’avais été contacté il y à deux mois - 42 ans plus tard -  par son fils dont je ne connaissais pas l’existence - il avait à peine 4 ans à la mort de son père.
 
Le garçon était au Liban où l’on organisait un hommage au « Capitaine François » - son nom de guerre ici - Toujours considéré comme un héro mythique, une quasi icône, ses amis libanais avaient précieusement conservé sa montre et sa gourmette. Ces reliques ont été remises à son fils invité pour l’occasion (Voir le quotidien francophone libanais « L’Orient le Jour » du 10/10/2016).
 
Comme je suis pour le moment l’une des rares personnes ayant connue Borella, son fils me demande de l’aider à reconstituer son parcours. Un service que je lui rends d’autant plus volontiers que je n’ai pas connu mon père.
 
La tache est cependant ardue, le bonhomme n'ayant laissé que peu de traces. Comme l’écrit un journaliste anglais, « Nous sommes tels des archéologues qui tentent de reconstituer le squelette d’un dinosaure dont il ne reste qu’un tibias et deux dents ! »
 
C’est la raison de cet appel à toute personne qui l’aurait connu, soit à la fin des années 30, et au début des années 40 en Alsace dont il était originaire, soit à la DBLE en Algérie entre 55 et 61, soit à Marseille où il avait de solides attaches dans les années 60-70, soit enfin et surtout à l’étranger sur un théâtre d’opérations entre 1962 et 1975.
 
Entre légende et réalité quelques éléments de son parcours
 
1) Né en juillet 1937, Borella se serait engagé à la Légion à 18 ans sous une identité, un âge et une nationalité belge… de circonstances.
Volontaire pour l’Indochine, il aurait été le plus jeune blessé de Dien Bien Phu et l’un des derniers évacués par avion. Mais, son Extrait des services, conservé au Service historique des armées, ne fait rien apparaître de cette période. Si l’épisode est véridique, il existe une explication qui nous échappe encore mais selon moi ce chapitre relève de la légende.
 
2) En revanche on trouve sa trace officielle, sous son identité réelle, dans les Extraits des Services à partir de 1955, année d’un « premier engagement », donc après Dien Bien Phu. Début 56, il est affecté en Algérie à la 11ème Cie du 3/13ème DBLE. Blessé en février 58 dans le Djebel Tadelist, il est nommé caporal en mars de la même année, puis sergent en 59. En 1960 il prolonge d'un an son engagement à la DBLE. Blessé il sera réformé définitif en mai 1961.

Des anciens de la DBLE se souviennent-ils de lui ?
 
Citations, récompenses et décorations :
 
2 fois cité à l’ordre de la Brigade en 1957, puis à l’ordre de la Division en 1958, il est décoré de la Croix de la Valeur Militaire avec 2 étoiles bronze et 1 d’argent, de la Médaille Militaire à titre exceptionnel en1959 et de la Médaille Commémorative AFN avec l’agrafe « Algérie ».
 
3) Le parcours de Borella se poursuit ensuite en pointillés avec cependant quelques indices :
Depuis Tahiti par exemple d’où il poste à sa mère une carte postale malheureusement non datée, mais probablement rédigée vers la seconde moitié des années 1960, époque d’édition de ces cartes. Il écrit:
 
« Après un bref séjour en Israël, nous sommes partis au Congo, où tout à mal tourné. Actuellement nous nous trouvons en Polynésie (Tahiti) Là nous attendons notre ordre d’embarquement dans un avion américain, qui doit nous amener à Saïgon (Viet Nam). Nous avons signé un contrat pour une durée indéterminée dans les brigades spéciales US… »
 
A la lueur de ces lignes on relève qu’il s’exprime au pluriel et l’on peut aussi imaginer qu’au Congo il(s) se trouvait(ent) avec Bob Denard et qu’il(s) aurait(ent) au moins vécu la « révolte des mercenaires » de 1967 avec son 6ème BCE. Certaines rumeurs laissent aussi entendre qu’auparavant, Borella serait passé par le Biafra, voire aussi par le Yémen. Aucune preuve tangible pour le moment.
 
4) S’agissant du contrat avec les Forces Spéciales US, nous savons que la CIA menait à cette époque des opérations clandestines au Laos et au Cambodge. Qu’en 1970 le Maréchal Lon Nol avait déposé le Prince Sihanouk avec notamment l’aide de conseillers étrangers… francophones. Rien de plus, un trou de sept ans.
 
5) Le fil est renoué fin 1974 au Laos où il descend le Mékong avec un photographe français rencontré fortuitement. Borella l’embarque d’abord à Louang Prabang dans un DC 3 non immatriculé. La région est en grande partie tenue par les maquisards communistes du Pathet Lao mais Borella ne cache cependant pas à son compagnon d’aventure qu’il est une sorte de « mercenaire » anti-communiste.
 
Le photographe pourtant à opposé à ses idées est fasciné par le personnage :
 
« A vrai dire, depuis, je n'ai jamais rencontré un gars tel que Dominique qui dégage un tel aura, une telle loyauté, une générosité vraie, sans borne, infinie et gratuite. Sauf peut être un gitan migrant en Australie animé d'une droiture rassurante ».
 
La curiosité, l’esprit d’aventure le pousse à le suivre 3 semaines dans une épique descente du Mékong en pirogue. Ils sont en compagnie de jeunes combattants du Pathet Lao qui gaspillent leurs munitions... sur les crocodiles!
 
Le 23 novembre 1975, Borella rédige depuis Vientiane au Laos une lettre adressée à son fils de 3 ans:
 
« Dans quelques heures je quitte le Royaume du Million d’Eléphants et du Parasol Blanc /…/ Je dois rejoindre mon unité qui est engagée dans le sud de l’Asie. »
 
Borella arrive donc probablement au Cambodge début décembre 1974. La fin de la saison des pluies approche et tout le monde sait que les Khmers rouges préparent une offensive générale.
 
Mais comment concevoir qu’en à peine deux ou 3 mois Borella ait pu former une unité de paras et obtenir son grade de capitaine? Un français qui l’a connu réfugié à l’ambassade de France se souvient qu’il avait évoqué des combats passés dans les monts Cardamomes, au nord-est de Phnom Penh. Ce témoignage appuie mon impression qu’il n’en était pas à son premier séjour au Cambodge. D'ailleurs, en février 75, il semblait comme un poisson dans l’eau et s’exprimait assez bien en Khmer.
 
L’histoire s’achève donc 7 mois plus tard sur le toit de l’immeuble Capitole à Beyrouth.
 
Désolé d’avoir été si long mais il fallait poser cet étonnant personnage.
 
A moi la Légion ! Qui l’a connu ?
 
D’avance merci de vos témoignages. On va reconstituer le squelette du « Dinosaure » !



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MessagePosté le: Mar 29 Nov - 16:43 (2016)    Sujet du message: Publicité

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