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Kolwezi, opération du courage !
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MessagePosté le: Jeu 8 Nov - 17:06 (2007)    Sujet du message: Kolwezi, opération du courage ! Répondre en citant

Ce fut une victoire de nos paras-légion du 2° REP ! On n'en parle plus, bien sur... On dirait que la France a honte d'évoquer ses hauts faits d'armes. Pourquoi ? Parcequ'en face, il y avait des Africains ?
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MessagePosté le: Jeu 8 Nov - 17:06 (2007)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Ven 9 Nov - 11:50 (2007)    Sujet du message: Kolwezi, opération du courage ! Répondre en citant

"Des massacres viennent de se produire à Kolwezi, cité minière de l'ex-Katanga, à 8.000 kms d'ici. le régiment sautera sur la ville pour délivrer les otages." Telle est la mission dictée par le général Lacaze, commandant la 11ème Division Parachutiste au 2ème REP, le 18 mai 1978.
La veille, alors que le 2°REP n'est pas en alerte, le colonel Erulin reçoit l'ordre d'être opérationnel dans les six heures pour une destination inconnue. Dans un temps record, alors que le régiment a ses compagnies éparpillées en Corse et en métropole, le 2ème REP est rasemblé en tenue de combat avec paquetage de campagne.
Dans la nuit, à trois heures, l'alerte est donnée. En moins d'une heure le 2ème REP est prêt à partir. Le lendemain sur l'aéroport militaire de Solenzara, les légionnaires embarquent dans quatre DC8 et un Boeing d'Air France.
Arrivés à Kinshasa, un briefing fixe les objectifs et donne en détail le plan "Léopard" (baptisé "Bonite" par le Centre Opérationnel des Armées). En fait, l'application est simple et se résume par un saut opérationnel presque au-dessus de la ville afin de délivrer au plus vite les otages, d'occuper les points sensibles, de se rendre maître de la zone de Kolwezi et d'assurer le rapatriement des Européens, Belges pour la plupart.
Aprés bien des ennuis du fait des parachutes américains, d'un contrordre d'embarquer et de deux avions en panne, à 10 h 45 enfin, le 2ème REP vole sur Kolwezi. Seuls quatre Hercule C130 et un Transall C160 ont pu prendre l'air. Une seconde rotation est donc prévue.
Cinq heures aprés, c'est le fameux "Debout, accrochez" et "Go" ! Aussitôt au sol, les compagnies se regroupent, certains légionnaires ont atterri dans les grandes herbes à éléphant, dans des arbres ou d'autres sur les premières habitations de la ville.
Déployées en évantail, les compagnies progressent rapidement vers le centre ville, et de partout les légionnaires découvrent l'horreur des massacres: cadavres entassés, débris humains épars, mouches bourdonnantes et odeurs nauséabondes.
Puis, brusquement éclatent plusieurs fusillades et quelques détonations, les bérets verts accrochent et investissent sans tarder chaque quartier de la vile. Successivement, au fur et à mesure que le 2ème REP progresse, s'effectue la délivrance des otages dont certains entonnent "La Marseillaise" ! ...

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MessagePosté le: Dim 11 Nov - 10:05 (2007)    Sujet du message: Kolwezi, opération du courage ! Répondre en citant

... A un moment, le combat devient plus sèrieux. La 3ème Cie est prise à partie par trois auto-mitrailleuses près de la gare. Le temps de s'organiser et elles sont détruites au lance-roquettes. Ensuite, la même compagnie se heurte à un retranchement de "Tigres Katangais" à l'entrée de la cité Manika. Aprés un assaut, elle s'empare d'une école technique et délivre une trentaine d'Européens qui étaient sur le point d'être fusillés par les rebelles. A la nuit tombante, les commandants de compagnies organisent et consolident leurs positions. Des patrouilles et des embuscades sont mises en place.
Le 20 mai au matin, venant de Kamina, saute la 4ème Cie qui n'avait pas pu embarquer à Kinshasa. Elle renverse les Katangais à l'est de la nouvelle ville, et reçoit l'ordre de fouiller la gare et la cité de Métal Shaba. Arrivée sur le dernier objectif, la compagnie essuie de violents tirs. Aussitôt des renforts sont acheminés et notamment une section de mortiers de 81. Aprés une salve bien ajustée et des tirs précis de la SER, les légionnaires de la 2ème compagnie se ruent à l'assaut et prennent la position.
L'opération de Kolwezi est un véritable succès. Cinq légionnaires ont cependant trouvé la mort et une vingtaine d'autres ont été blessés. A l'arrivée des parachutistes belges, la ville est pratiquement libérée. Commencxe alors le rapatriement des Européens qui se termine le 21 au soir."

D'aprés "Gazette des Uniformes" HS N°7: La légion étrangère de 1945 à nos jours.
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Daniel Laurent


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MessagePosté le: Dim 11 Nov - 13:50 (2007)    Sujet du message: Kolwezi, opération du courage ! Répondre en citant

Bormel de derde !
Je suis d'accord avec l'Admin pour une fois !
Pardon....
Laughing
J'ai vendu des glaces en ete sur la plage de Calvi, quand j'etais gamin (Annees 70) et pour payer mes vacances en Corse.
C'etait eux mes meillleurs clients, ces braves du 2eme REP.
Ils etaient en bout de plage et quand j'arrivais, degoulinant de sueur apres une heure de marche au soleil, ils vidaient ma glaciere avec force pourboires.
Un soir, je suis tombe sur certains d'entres eux en goguette en ville.
Ils m'ont reconnu, m'ont alpague et m'ont emmene voir les filles.......
J'etais puceau......
Embarassed
Chuuuuut, gardez ca pour vous

A l'idee que, peut-etre, quelques annees plus tard, certains d'entre eux sont tombes pour la France a Kolwesi, je place a sa juste valeur la chance que j'ai eu de les rencontrer. 
_________________
Je publies des articles historiques et sources sur des sites historiques et serieux, donc ne vous dis pas ou car ici on ne fait que de la politique, pas de l'Histoire.


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Louloute


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MessagePosté le: Jeu 15 Nov - 09:47 (2007)    Sujet du message: Kolwezi, opération du courage ! Répondre en citant

Comm eje l'ai dit sur un autre forum, nous avons perdu un excellent ami à Kolwezi, enlevé puis sans doute massacré. on a jamais retrouvé son corps. Nous l'avons connu au Tchad dans les années 1970 à 1974. Il était militaire sous officier et sa femme gardait mon bébé alors que je travaillais à la Chambre de Commerce de Fort-Lamy (à l'époque avant N'Djaména). Nous avons tissé des liens d'amitié et de confiance. Il réparait ma vieille deudeuche et nous avait construit une petite piscine dans notre jardin "mouchoir de poche" pour les enfants. C'était un homme formidable de gentillesse. J'ai appris sa mort en lisant le livre (tout à la fin dans la liste des disparus)" La Légion saute sur Kolwezi". Nous étions sans nouvelles depuis longtemps et ce fut un terrible choc à l'époque de l'apprendre de cette façon. Nous étions alors au Cameroun.

Je n'oublierai jamais cet homme Jacques Biraud ni sa femme Colette, ni ses deux enfants Philippe et Laurence je crois (je ne suis plus sûre du prénom de la fille). Ils adoraient mon petit Philippe et lui ont sauvé la vie lorsque atteint d'une diarrhée terrible à l'âge de 8 mois, Colette l'a fait passer pour son fils et fait soigner à l'hôpital militaire de Fort-Lamy fermé aux civils! Ca je ne l'oublierai jamais,jamais!!
Tiens j'en ai les larmes aux yeux rien que d'en parler ici!!


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Briard
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MessagePosté le: Lun 19 Nov - 08:39 (2007)    Sujet du message: Kolwezi, opération du courage ! Répondre en citant

Dimanche 14 Mai 1978
 

05h35. Les premières rafales se font entendre dans Kolwezi ville minière du ZAÏRE.
 

Les « katangais » du FLNC (Front National de Libération du CONGO) de Nathanael M’BUMBA d’obédience communiste, envahissent la ville. Tuant en priorité les « Kamanyolas », les soldats de la Division d’élite du ZAÏRE la Kamanyola, avant de s’en prendre aux occidentaux et aux Zaïrois, qu’ils vont massacrer.
 

Après moult tergiversations la France décide d’intervenir, sur les demandes répétées d’André ROSS son ambassadeur au ZAÏRE et des Colonels LARZUL attachés militaire de l’ambassade et GRAS chef de la Mission Française d’Assistance Militaire.
 

Mercredi 17 Mai 09h30.
 

Le Colonel Philippe ERULIN Commandant le 2e R.E.P. reçoit un coup de téléphone du Général LIRON Commandant la 2e Brigade Parachutiste :
 

« Votre Régiment passe en alerte « à six heures » avec l’ensemble de ses troupes et de son matériel !! »
 

Le Colonel ERULIN explique qu’il à des Compagnies disséminées un peu partout tant en sur le continent que sur l’île.
Tout sera fait pour que ceux-ci soient rapatriés sur le Camp RAFFALI le plus rapidement possible. Par camions par hélicoptères par avions ceux-ci seront effectivement rapatriés.
 

A 16h00 le Régiment est sur le pied de guerre. Le Colonel ERULIN a rendu compte à la 11e DP. Celle-ci a accusée réception. A la nuit tombée l’Etat Major de Toulouse ne s’est toujours pas manifesté.
 

Jeudi 18 Mai 02h20
 

Le téléphone sonne dans le bureau du Colonel ERULIN le Lieutenant-Colonel BENEZIT, responsable du bureau opérationnel, lui annonce : mon Colonel, nous venons de passer en « alerte aéroportée à trois heures ».
 

 « Mettez la sirène en route ! », dit-il. Mais dans l’écouteur il entend celle-ci, l’adjudant DE VIVI, officier de permanence a devancé les ordres.
 

Maintenant tout va très vite
Le décollage de Solenzara est prévu à 09h30 dans 5 DC8, ils sont réduits à 3 appartenant à la Cie aérienne UTA, augmentés d’un DC8 militaire du COTAM et d’un Boeing 707 d’Air France.
 

A 11h30 le premier avion apparaît. Dans son sillage un avion de plus petite taille. C’est l’avion du Général LACAZE, commandant la 11e D.P. Il a tenu à saluer les Légionnaires avant leur départ.
Il met le Colonel ERULIN au courant de la mission qui lui incombe :
« Des massacres viennent de se produire à Kolwezi, cité minière du Katanga, à huit mille kilomètres de là.
  Le 2e R.E.P a reçu l’ordre de sauter sur la ville pour délivrer les otages et empêcher de nouveaux massacres. Le Président de la République en personne vous confie cette mission ! »
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F Fenelon


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Briard
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MessagePosté le: Lun 19 Nov - 08:40 (2007)    Sujet du message: Kolwezi, opération du courage ! Répondre en citant

Suite :

La nouvelle court les rangs des Cies, immédiatement répercutée d’un groupe à l’autre.
 

Plus ému qu’il ne veut le laisser paraître le Général dicte son message à lire aux compagnies qu’il n’aura pas le temps de visiter une à une :
  « Au moment ou le 2e R.E.P. est désigné pour une mission extérieur difficile, le Général LACAZE assure tous les cadres et Légionnaires de sa confiance et de ses vœux.. »
 

A 13h45 le premier DC8 redécolle en direction de Kinshasa. Le Colonel ERULIN est à son bord.
 

A 23h30 le Colonel ERULIN et les Officiers de son P.C. se pose à Kinshasa.
Le second n’est prévu qu’à 02h00 le vendredi 19.
 

Le Colonel BALLADE, patron de l’équipe technique des parachutistes français chargés d’instruire les paras zaïrois, lui apprend que le régiment doit embarquer à bord de 5 C130 Hercule et de 2 C160 Transall.  « Décollage prévu à 07h00. Vous serez directement largué sur Kolwezi à 11h00 !! »
 

 Commence pour le Lieutenant-Colonel BENEZIT et le Capitaine COEVOET le fractionnement du régiment en fonction des avions annoncés.
 

A 03h00 le second appareil qui est arrivé est déchargé. Le 3e ne sera là qu’à 03h30. Mais plus ennuyeux, les deux derniers appareils ne seront pas là avant 08h30.
Le régiment devra sauter en deux vagues, la première au départ de Kinshasa, équipée pour le saut, et sera, comme prévu larguée directement sur Kolwezi. Pour gagner du temps, la seconde vague sera aérotransportée de Kinshasa  sur Kamina par un DC10 d’Air Zaïre.
 « C’est à Kamina que les appareils qui auront largué la première vague reviendront prendre la deuxième vague pour la parachuter à son tour ».
 

Le Colonel ERULIN approuve. Ce système permettra de gagner un temps précieux. Il est 03h00 du matin.
 

Dans la salle de briefing, l’ambiance est étrangement partagée entre la tension des officiers paras et des pilotes zaïrois et l’anarchie des militaires africains qui déambulent, aimablement débraillés, s’interpellent et viennent, avec de grands sourires, examiner de prés les français.
 Le Colonel GRAS victime d’une panne n’est toujours pas arrivé. Il est sur la route déserte entre Kinshasa et N’Djili. A quatre heures du matin il parvient enfin à se faire dépanner et arrive en trombe au Centre d’Entraînement des Troupes Aéroportées, et pénètre dans la salle de briefing ou les mains pleines de cambouis, il monte sur l’estrade et de sa voix précise :
 

« Vous serez largués au dessus du terrain de l’ancien Aéro-club, aux lisières nord de Kolwezi. Il s’agit de reprendre le contrôle des quartiers résidentiels de Kolwezi : la Vieille Ville Et la Ville Nouvelle ; puis de l’aéroport, en vue d’une opération aérotransportée ».
 

« Primo : nous larguerons à partir de Kinshasa une première vague comprenant le P.C. deux compagnies de combat plus les appuis de mortiers. Au total 405 hommes.
 

  Secundo : dans la foulée, nous coifferons les principaux objectifs vraisemblablement encore tenus par les rebelles : la poste, l’hôtel Impala, le Lycée Jean XXIII, l’hôpital de la Gécamines, l’immeuble qui abritait le P.C. des Forces armées zaïroises.
 

  Tertio : dés que possible, nous renforcerons ces actions par le largage, à partir de Kamina, d’une deuxième vague forte de deux compagnies, soit deux cent hommes, ce largage aura lieu, soit sur la zone de saut A de l’Aéro-club utilisé par la première vague, soit sur la zone de saut B, à l’est de la Nouvelle Ville, soit sur les deux à la fois.
 

  Quarto : quand nous serons maître des quartiers résidentiels, nous prendrons liaison avec les paras zaïrois, qui en principe doivent toujours tenir l’aérodrome de La Plaine, au sud de la ville.
 

  J’ai donné à cette opération le nom d’opération « Léopard ».
 

Le Lieutenant_Colonel VAGNER prend la parole à son tour :
«  En principe nous devrions  disposer d’un appui de feux aérien effectué par les Mirages, entre le début du largage de la première vague  et la fin du largage de la seconde vague. » Après  une pause il conclut : « Mais je ne puis vous garantir qu’il ait lieu ! »
 

 

Les ordres sont clairs pour les Légionnaires qui n’ont pas dormis depuis trente heures, certes, mais nous sommes en Afrique ou un dieu malveillant va s’ingénier à susciter des incidents sous leurs pas. Et d’un seul coup, toute l’opération, montée avec une minutie d’horloger, va se détraquer, frôler l’absurde.
  A peine une difficulté imprévue sera-t-elle surmontée qu’une autre surgira, tout aussi stupide, déconcertante. Et il faudra aux Légionnaires des trésors de patience, de bonne humeur, d’ingéniosité et surtout d’efforts, pour arriver à les surmonter. Ce ne sera pas le plus mince de leurs exploits.
 

  Le premier problème : les parachutes
Les impedimenta ne sont pas arrivés et c’est l’Armée zaïroise qui prêtera ses pépins.
Ce sont des T10 américains, inconnus des Légionnaires, rien n’est prévu sur ces derniers pour l’arrimage du matériel individuel.
Là encore il faut improviser, à l’aide de bouts de fil de fer, les Légionnaires arrivent à fixer tant bien que mal, aidés par les largueurs français et les moniteurs zaïrois, la musette TAP et les armes qui ne sont pas en gaine.
 « Tout est O.K. ? »
 « Oui ! »
 Le Colonel ERULIN est satisfait. Mieux encore il est content. Il a remarqué l’entente immédiate qui régnait entre ses Légionnaires et leurs homologues africains.
 

  « Prêt à embarquer ? »
Par Compagnie, par Section les Légionnaires répondent.
  « Tout le monde paré à embarquer ! »
Il est sept heures du matin.
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Briard
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MessagePosté le: Lun 19 Nov - 08:42 (2007)    Sujet du message: Kolwezi, opération du courage ! Répondre en citant

Suite :

Exactement au même moment, un épais brouillard venu du fleuve se répand sur l’aéroport, noyant la piste, les avions, les bâtiments, dans un fog que Londres ne renierait pas.
  « Cela ne va pas arranger les affaires ! » dit COEVOET.
  «  Je me demande si les deux avions arrivant de Solenzara parviendront à se poser ? »
Ce retard inquiète le Colonel ERULIN : dans l’un des deux appareils à été embarqué l’antenne médicale et l’aumônier. Sauter sans l’un ou l’autre constitue un  risque de plus…
  Malgré cela les Légionnaires commencent à grimper dans leurs avions.
 Le moteur d’un Hercule vient de tomber en panne.
  « Débarquez ! »
La panne est grave, il faut répartir le personnel dans les autres appareils.
Pour la dixième fois COEVOET refait son plan d’embarquement.
Engoncés dans leurs bardas, coincés entre les deux pépins et leurs armes et sacs les Légionnaires debout chargés comme des mulets attendent depuis plus d’une heure ! Et pourtant pas un seul ne se plaint ! Ils patientent ! Ils ne donneraient pas leur place pour un empire.
 

« Cette fois ça y est ! » annonce COEVOET à BENEZIT « on va pouvoir y aller ! ».
 

A Kinshasa un jeune officier assure la permanence radio, un coup de téléphone :
  « Ici le Général LOISILLON, pouvez vous me dire si le R.E.P. s’est envolé ? »
Le jeune officier l’ignore.
 « S’ils n’ont pas décollé, annulez immédiatement l’opération !! »
Le planton saute dans une voiture et fonce à tombeau ouvert vers l’aérodrome. Il y arrive sans encombre à 08h40.
 

Les Légionnaires finissent d’embarquer. En surnombre ils se tassent au fond des avions disponibles. Le Colonel ERULIN harnaché, se dispose à les suivre. Il voit arriver le Colonel GRAS, à qui il vient de faire ses adieux. A sa mine défaite il comprend que quelque chose ne va pas.
 « Opération annulée ! » annonce celui-ci d’un ton las.
 « Annulée ? » s’exclame ERULIN.
 « Je n’y comprends rien ! Le mieux est de retourner à vos cantonnements du C.E.T.A. ! » dit GRAS.
 ERULIN qui a du métier préfère attendre sur place : « peut être y aura-t-il un nouveau contrordre !!
  « Vous avez raison, je retourne à l’ambassade et j’appelle Paris. Ils vont m’entendre ! »
Pendant ce temps André ROSS mis au courant du coup de téléphone du Général LOISILLON à bondi. Son intuition de diplomate chevronné lui donne immédiatement l’explication de cette annulation : c’est l’œuvre du Gvt de Bruxelles.
« Passé un contrordre par téléphone ne me semble pas sérieux eu égard aux moyens considérables déjà mis en œuvre. » Pense t il.
Il appelle l’Elysée. Il obtient Mr JOURNIAC et lui fait part de son étonnement.
JOURNIAC tombe de haut :
« Qu’est ce que c’est que cette histoire ? Je ne suis pas au courant. J’attendait déjà les résultats du parachutage !.. Ne quittez pas, j’avertis immédiatement le Chef de l’Etat.
Quelques secondes passent. Puis à nouveau JOURNIAC prend l’appareil :
 « Le Président maintient l’ordre d’opération. Il donne aussitôt l’annulation du contrordre. Vous allez recevoir un télex de confirmation ! »
Le Colonel GRAS appelle l’Etat Major de l’Armée. Le Général LOISILLON lui explique ce qui a motivé l’annulation, quant une voix s’interpose et jette dans l’appareil :
 « Décollez immédiatement ! L’annulation du contrordre est déjà partie ! »
La voix est celle du Général MERY Chef d’Etat Major.
  Il est 08h55
GRAS prévient ERULIN par radio.
« Embarquement immédiat ! Opération confirmée ! »
 

Mais les pilotes zaïrois sont introuvables ! Le temps de les rameuter à nouveau, un contretemps surgit encore.  Un des Transall est en panne. Un second a un pneu à plat. Quant au 3e il est équipé en V.I.P.
 Ce V.I.P. n’est autre que le Président MOBUTU qui a tenu à prêter son avion personnel aux Légionnaires-parachutistes. Louable intention mais qui n’arrangent pas ces derniers qui n’ont que faire d’un frigo ou d’une salle à manger et encore moins d’une chambre à coucher.
 « On démonte ! », disent les légionnaires en commençant à dévisser les panneaux.
 « Inutile ! » dit le mécanicien zaïrois, « l’avion vient de tomber en panne ! »
Les Légionnaires s’arracheraient volontiers les cheveux si la coupe réglementaire leur en avait laissé suffisamment sur le crâne. Ils prennent le parti d’en rire :
  « Vous verrez qu’on va finir par y aller à pince !! »
 Le grand COEVOET se précipite, il a à nouveau soixante Légionnaires supplémentaires à répartir dans les avions restants. Une nouvelle acrobatie, autant arithmétique que physique ! Comment entasser quatre vingt parachutistes harnachés dans des avions prévus pour en transporter soixante quatre ?
COEVOET y parvient se remettant à hurler dans le fracas des moteurs d’avions que les pilotes maintiennent au volume maximum.
Il en restera aphone pendant deux jours.
En tout cas il peut être content, il est parvenu à faire tenir tout son monde dans 5 cinq appareils au lieu des sept prévus, quatre C130 et l’unique C160, il est même parvenu à cueillir in extremis le toubib et l’aumônier, le père LALLEMAND, ainsi que deux infirmiers dont l’avion arrivée tout juste de Solenzara. A quelques minutes prés la vague sautée sans même un seul médecin.
Dans les avions, le spectacle des Légionnaires encombrés de leurs deux parachutes, des gaines qui contiennent leurs armes et qu’ils traînent comme ils peuvent, halés, poussés, tirés par leurs camarades, entravés par les sacs qui brinquebalent entre leurs jambes est ahurissant. Il rendrait fou les parachutistes classiques qui vivent pour appliquer des règles strictes du métier.
  En dessous de l’avion « dégonflés », les mécanos des Mirages, venus à la rescousse, entreprennent de ramener le pneu à une pression normale, en inventant un appareil de circonstance à partir d’une bouteille d’oxygène et de quelques tuyaux accordés tant bien que mal.
  L Capitaine DUBOS, commandant la 2e Cie, attend que le pneu ait retrouvé une apparence honnête pour grimper, enfin, dans l’avion. Machinalement il regarde sa montre 10h40 ce vendredi 19 Mai.
  La première vague va enfin décoller.
 

15h15
Un premier passage au dessus de la DZ  la lumière reste au rouge !
« Hé bien ! si les katangais ne savaient pas qu’on arrive , grognent les Légionnaires, les voila prévenus !
Vingt minutes plus tard à 15h40 retentit enfin l’ordre attendu : 
GO !
Se bousculant les uns les autres, traînant sur le plancher des appareils ou sur les banquettes latérales leurs fardeaux, les Légionnaires se ruent à la porte qu’ils franchissent en avalanche. Ils se jettent dans le vide avec une sorte de furie.
Dehors, soufflés à l’horizontale par la vitesse, car les avions n’ont pas ralenti et volent à prés de 400 à l’heure, ils sont emportés dans un tourbillon gigantesque, et se recroquevillent sur eux même, attendant le choc à l’ouverture, cauchemar des anciens qui sautaient naguère avec des « pépins américains ».
Ils constatent que les américains ont fait des progrès. Le choc est presque plus doux que les pépins français. Les voilures sont plus grandes. Et pourtant la descente est rapide. A Kolwezi – mille cinq cent mètres d’altitude – l’air est moins porteur, et en outre, le poids des bagages n’arrange rien.
La seconde formation arrive, et la première vague, des pilotes zaïrois, n’a pas respecté l’altitude de largage fixée à 250 m, et sont passés à 400 mètres. Or la seconde formation, qui fonce à 400 à l’heure, arrive droit sur les sticks qui se trouvent dans sa trajectoire. Gare aux voilures, aux hommes fauchés par les hélices.
In extremis, le pilote donne un magistral coup de manche sur le coté. Puis il redresse, voyant défiler les coupoles cinquante mètres sur sa gauche. Il a eu chaud, les Légionnaires aussi.
« GO ! »
Le deuxième passage déverse à son tour sa cargaison de parachutistes, le reste de la 3e CIE.
L’Adjudant ZINGRAFF, le largueur, suit les hommes du regard, et compte machinalement les coupoles. Il bondit soudain : il en manque un…
Il se penche et aperçoit, retenu par sa S.O.A. , un Légionnaire, ballotté au bout de sa sangle, comme un pantin désarticulé, le poignard à la main, qui tente désespérément de la couper.
 « Bouge pas ! » hurle l’Adjudant.
Et lui montrant son propre poignard qu’il brandit, il lui fait comprendre qu’il se charge de la trancher, avec de grands geste il fait comprendre Légionnaire qu’il devra faire ventral !!
Le Légionnaire opine. Il a l’air détendu.
En dépit de ses sept sauts militaires, le Légionnaire STRATA, est un parachutiste confirmé, breveté civil en Italie. Au deuxième passage, sa S.O.A tranchée, par l’Adjudant, il actionne la poignée de son ventral et atterrit sans ennui.
  « Chapeau ! » murmure ZINGRAFF qui le suivait du regard.
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Briard
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MessagePosté le: Lun 19 Nov - 08:43 (2007)    Sujet du message: Kolwezi, opération du courage ! Répondre en citant

Suite :

Au sol, les chocs sont parfois rudes, les chutes imprévues. Le Colonel ERULIN atterrit au sommet d’une termitière d’au moins trois mètres de haut dont il dégringole brutalement. Il aurait pu se casser une jambe. Il a de la chance – ou de bons réflexes aiguisés par l’expérience_ il s’en sort avec une balafre sur la joue gauche.
 Quelques Légionnaires tombent dans les arbres. Ils en descendent  en se servant de leur ventral comme d’une corde de rappel…
Le sol est recouvert d’herbes à éléphant, haute de deux mètres. Du coup le regroupement va se trouver extrêmement difficile. Des coups de sifflets retentissent, des appels sont lancés.
  Plus grave, il manque pratiquement tous les tireurs L.R.A.C. Leurs engins ont été largués trop tôt (ou trop tard) et se sont évaporés dans la nature. A la nuit huit d’entre eux manqueront encore, sept rejoindront dans les 24 heures. Le huitième, le Caporal ARNOLD de la 3e Section de la 1ère Cie, sera retrouvé le lendemain, dans le jardin d’une villa. Il a été tué sur le coup par une balle de gros calibre en pleine poitrine.
C’est le 1er tué du 2e R.E.P. à Kolwezi. Le père LALLEMAND l’enroulera dans un parachute blanc. On ramènera son corps à Calvi.
 

Il est quatre heures de l’après-midi, ce vendredi 19 Mai. Les trois Compagnies et le P.C. qui constituaient la première vague, bondissent vers leurs objectifs.
Largués à partir du cercle hippique, ils se retrouvent essaimés d’est en ouest dans l’ordre :
3e Cie (Noir), 1ère Cie (Vert), 2e Cie (Rouge) et P.C.
Le combat s’engage aussitôt.
 

Le Capitaine GAUSSERES (Noir) hurle à tous les échos !!
« LACAN ! LACAN nom de dieu !! Ou es tu ?? »
Il a besoin de son radio pour entrer en contact avec ses Chefs de Sections.
Son radio n’est pas loin, il est à moins de vingt mètres, mais pas à coté au dessus, accroché dans un arbre gigantesque.
 

GAUSSERES qui a reçu comme objectif l’est de la Vieille Ville : l’Hôtel Impala, la poste et la gare, n’a pas une seconde a perdre, si il veut coiffer ses objectifs avant la nuit.
Faute de LACAN il se rabat sur la radio du Lieutenant WILHELM (Noir 2) le chef de la 2e Section. Il obtient aussitôt ses Chefs de Section.
« Ici Noir 3. Je suis au complet. Plus deux « rombiers » de Vert qui étaient paumés. »
 

« Noir 1 de Noir ? » Il appelle le Lieutenant BOURGAIN. Le Lieutenant est là, la voix un peu tremblante, il est arrivé au sol au milieu de mains coupées, des mains blanches, il les a compté, vingt quatre.
« Noir 1. Effectif complet !! »
« Noir autorité à tous, direction vos objectifs ! »
BOURGAIN et quelques hommes pénètrent dans l’Hôtel Impala. Ils sont aussitôt assaillis par une odeur épouvantable, odeur de cadavres en décomposition. Il y a du sang partout et des débris humain, c’est presque insoutenable. L’odeur provient des caves. Là le spectacle est horrible, des cadavres encore des cadavres entassés pêle-mêle, boursouflés, déchiquetés par les rafales. La position et l’expression de certains visages laissent deviner l’épouvantable tragédie qui s’est déroulé dans ces lieux.
Le cœur au bord des lèvres, Bourgain appelle son Capitaine :
« Noir de Noir 1 ? Parlez»
« Ici Noir, j’écoute »
« J’ai découvert une vingtaine de cadavres. Mais l’Hôtel Impala est vide. Je continue la progression. »
 

GAUSSERES rend compte au Colonel ERULIN !
Celui-ci répond :
«  Des cadavres d’Européens ou d’Africains ? »
Interrogé Bourgain répond :
«  Nous n’avons découvert que des Noirs »
 

ERULIN insiste :
« Nous avons la certitude que six coopérants français capturés samedi dernier étaient détenus à l’hôtel !  Approfondissez les recherches ! »
Malgré les fouilles effectuées, ils restent introuvables, mais le spectacle est inimaginable, l’hôtel a été ravagé. Il y a du sang partout au sol, sur les murs, au plafond et même dans les armoires, comme si les victimes s’y étaient cachées pour échapper à leurs bourreaux. C’est d’une sauvagerie incroyable a des yeux d’européens.
 

WILHELM avec sa 2e Section, c’est emparé du point « A », un pont qui franchit la voie ferrée et qui domine la Nouvelle ville, commandant les vastes boulevards  qui mènent vers l’est.
Le Capitaine GAUSSERES avec la Section de l’Adjudant IVANOV, avance vers la gare, ou stationne un train composé de nombreux wagons. IVANOV les faits fouiller. Deux wagons sont remplis de munitions destinées à l’Armée zaïroise, l’un contient des obus de mortiers de 81, l’autre des grenades américaines et des cartouches de fusils. Tous les autres sont plombés.
 

A ce moment WILHELM, est pris à partie par deux auto mitrailleuses venant de l’est par le boulevard Mobutu. Elles tirent au canon et à la mitrailleuse sur les paras qui se mettent à l’abri des remblais. Par chance il vient de récupérer son L.R.A.C. Le tireur le Caporal MORIN laisse les A.M avancées jusqu'à 30 mètres et tire, coup au but. La seconde arrose le pont de rafales. Les paras ripostent, comme à l’exercice, debout au milieu de la chaussée, pointe son fusil lance grenade  et tire. La seconde A.M est détruite à son tour. Un camion qui approche par l’avenue est pris à partie par les F.M et préfère disparaître dans une rue adjacente.
 

Pendant ce temps BOURGAIN a poursuivi sa progression plein sud, il est pris à partie par des rebelles au carrefour des avenues Maduda et Cassias ! Le Caporal chef  LOMBARD et le Légionnaire GOLIC tout deux tireurs d’élite abattent trois rebelles et récupèrent quatre armes. La progression peut reprendre en direction du pont Mwakisenge qui commande l’entrée du village « indigène » de Manika. Un feu nourri les accueille, dés qu’ils quittent les abris des maisons, vraisemblablement des armes russes, Kalach et américaines M16.
Provenant des lisières nord de Manika ils devront manœuvrer pour s’emparer de l’objectif, l’école technique officielle.
BOURGAIN donne ses ordres :
« SABLEG ! Avec ton 2e groupe tu t’occuperas du pont ; le Sergent TOUAMI fera face au bâtiment sud qui domine Manika et le Sergent MOREAU avec le 3e groupe, restera en soutien ! »
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Briard
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MessagePosté le: Lun 19 Nov - 08:44 (2007)    Sujet du message: Kolwezi, opération du courage ! Répondre en citant

Suite :

Une volée de grenade  s’abat sur les positions rebelles, leur efficacité ne fait aucun doute, des rebelles font des bonds en arrière pour échapper aux explosions. Toutefois l’ennemi tient encore solidement l’ensemble du bâtiment. BOURGAIN fait déborder MOREAU, jeune Sergent frais émoulu du peloton, par la gauche pour les déborder. Dissimuler à la vue des rebelles par les roseaux, il enfonce dans le terrain marécageux, mais prend pied et ouvre le feu sur les éléments rebelles.
L’intensité des tirs prouve à BOURGAIN que les rebelles craignent de se faire déborder.
C’est le moment qu’il choisit pour foncer sur le pont avec son groupe de commandement et le groupe SABLEG.
Les tireurs d’élite du groupe TOUAMI, utilisent parfaitement leurs armes, à 300 et 400 mètres, ils font mouche sur les rebelles.
Aux résultats dix rebelles sont tués, la plupart d’une balle dans la tête.
Les katangais ont décrochés de l’école technique. Pour tenir la gendarmerie située à proximité du carrefour Victor. BOURGAIN confie la prise du bâtiment au Sergent MOREAU. Les Légionnaires doivent s’emparer avant des maisons environnantes.
Sans ordre de sa propre initiative, avec un sens du combat qui étonne et suscite l’admiration des sous-offs, le Caporal CALLERF parvient à mettre son F.M. en batterie à l’entrée de l’avenue Okito et la prend en enfilade. Par six fois les rebelles tentent de forcer le passage, par six fois ils refluent, ils laissent six cadavres sur le trottoir.
 

BOURGAIN et le groupe SABLEG, occupe l’école technique, il décide de s’emparer des baraques à proximité. Au P.M et à la grenade  le Sergent SABLEG entraîne ses hommes qui se battent à bout portant. Le Légionnaire JANSEN  - un Danois – très bon tireur au P.M. abat plusieurs katangais.
Au total neuf HLL sont tués et neuf armes automatiques soviétiques sont récupérées.
 

 Le groupe sud du Sergent TOUAMI  vient prêter main forte au reste de la section qui cherche à s’emparer de la gendarmerie. Un rebelle surgit derrière le Sergent et pointe son arme. Le Légionnaire TAVARI  qui l’a vu l’abat à quinze mètres au pistolet ! Une seule balle, le rebelle s’écroule, foudroyé.
La gendarmerie est maintenant toute proche.
BOURGAIN donne ses ordres :
 « Avancez un peu, débordez le bâtiment par la gauche ! Prenez la route en enfilade !»
Un Légionnaire se poste mal, il hurle « Avance un peu, Nom de Dieu, tu es mal placé ! »
Mais le Légionnaire réplique :
  « Ecoutez, mon Lieutenant. Il y a des types qui parlent ! »
BOURGAIN tend l’oreille. Il arrive à distinguer des appels en français : «  Ne tirez pas ! Ne tirez pas ! Attention ! Ne tirez pas dans la maison ! »
 « Armée française ! » crie BOURGAIN de toutes ses forces.
Un remue ménage et des exclamations accueillent cette révélation.
-         Aucun doute possible il y a des otages là dedans ! pense BOURGAIN.
Les rebelles acharnés sont toujours décidés à se défendre. Le Sergent MOREAU en abat deux au P.M. Des tireurs d’élite en tuent deux autres qui tiennent la porte d’entrée.
Il faut faire vite pour éviter toute méprise, BOURGAIN  décide de pénétrer lui-même à l’intérieur du bâtiment avec son groupe de commandement.
Un katangais dégoupille une grenade pour la lancer à l’intérieur de la pièce ou son retenu les otages. BOURGAIN l’abat d’une rafale. La grenade roule au sol et fuse.
-         « En arrière ! » hurle BOURGAIN en sortant précipitamment lui-même.
La grenade explose dans la cour.
BOURGAIN se précipite vers la pièce et ouvre la porte en hurlant « Sortez les mains en l’air ! »
Des hommes, des femmes, des enfants dans un état lamentable , hirsutes, crottés, les vêtements déchirés, le visage ravagé, sortent dans cette cour.
Quelqu’un entonne la Marseillaise que tous reprennent en cœur.
Le Lieutenant et ses hommes sont bousculés, embrassés, pris à bras le corps, et malgré les tirs qui continuent de se faire entendre à l’extérieur une intense émotion se dégage de cette scène à peine croyable.
Ils sont vingt six Blancs et neuf Noirs, il y a des Belges, des Français, des Américains, des Australiens et même un ancien Légionnaire para, le Sergent CATENA.
Certains sont blessés. Tous sont traumatisés et n’ont qu’une idée, partir.
Un petit garçon reste hébété au milieu de cette agitation. Une fillette de deux ans et demi est blessée. Une autre qui ne doit pas avoir cinq ans, la robe tachée du sang de sa mère, ne cesse de répéter qu’elle a vue abattre sa maman. Elle était dans ses bras quand les Katangais l’ont tuée. Ces enfants ont vu leur père et leur mère se faire massacrer. Ils ont été pris en charge par des Européens compatissants alors qu’ils erraient en ville.
BOURGAIN tente d’obtenir des précisions :
« Combien étiez vous ? Y en a-t-il d’autres encore détenus par les rebelles ? »
« Tous les autres ont été massacrés ! » lui répondent ils.
« A la grenade ! Les femmes et les enfants aussi. C’étaient des Belges. Un Capitaine Zaïrois a été fusillé ! Un autre a réussi à s’enfuir ! »
BOURGAIN ne peut rien obtenir de plus précis tant l’affolement de ces rescapés est total.
Il parvient à les empêcher de sortir, mais il faut toute la persuasion du Légionnaire LOMBARD pour y parvenir.
L’intensité des combats décroît avec la tombée de la nuit.
A la nuit complète la Compagnie GAUSSERES a conquis tous ses objectifs.
 

 

Pendant que le Capitaine GAUSSERES et ses Sections s’emparaient de leurs objectifs, la 1ère du  Capitaine POULET (Vert) et la 2e du Capitaine DUBOS (Rouge) fonçaient vers les leurs. La 1ère vers le sud, la 2e vers l’ouest.
 

A peine arrivé au sol, le Capitaine POULET entend des rafales toutes proches. Il rameute ses Sections sans attendre, laissant l’Adjudant HOSTEIN rassembler celle de commandement.
 

« Premier objectif : le lycée Jean XXIII, au sud. Les rebelles y ont rassemblés des Européens, paraît il.
Chaque section prend un itinéraire : la 1ère à gauche, la 2e au centre, la 3e à droite !!
Foncez et nettoyez les résistances »
 

Les Chefs de Sections acquiescent. Ils savent que de leur rapidité d’action dépendra la survie ou le massacre des otages.
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Briard
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MessagePosté le: Lun 19 Nov - 08:45 (2007)    Sujet du message: Kolwezi, opération du courage ! Répondre en citant

Suite :

Le Lieutenant ROCHON (Vert 1) s’engouffre dans l’avenue Lufira (sur son plan, elle porte toujours le nom de Bobozo). Vert 2, l’Adjudant POU, avec la section de commandement, remontent l’avenue Gazumbu, tandis que Vert 3, le Lieutenant PUGA, s’engage dans l’avenue du Collège.
En progressant les Légionnaires découvrent un spectacle de carnage et de désolation, témoignage de la violence aveugle qui s’est abattue sur la ville.
 

POULET rend compte :
«  Les renseignements les plus pessimistes que l’on pouvait posséder sur la situation à Kolwezi sont encore en dessous de la réalité. »
 

Les Européens terrés dans leurs maisons, protégés par des remparts de fortune, faits avec des matelas le plus souvent ont d’abord observé avec circonspection le ballet rapide des hommes qui passaient devant eux. Et, lorsqu’ils ont eu la certitude qu’il s’agissait de paras européens, ils se sont hasardés sur les trottoirs.
La nouvelle telle une traînée de poudre s’est répandue dans la rue. Hommes, femmes, Européens et Zaïrois mêlés se précipitent sur les soldats, leurs sauveteurs, les acclament, les embrassent avec fougue, une sincérité qui paye largement les Légionnaires de la fatigue de ces dernières heures.
 

Le Capitaine POULET calme, apaisant, les écoute, ils ont besoin de parler, de raconter.
Il pose des questions, essaie de situer les positions katangaises.
Il n’obtient que des réponses vagues contradictoires.
 

Un homme propose :
« Je sais ou se trouve un P.C rebelle. Je vous y conduis si vous voulez… »
 

« Ok allons y ! » dit POULET.
 

Vert 1 rend compte qu’il à reconnu le lycée Jean XXIII :
«  Les rebelles sont partis. Nous avons libéré une centaine d’Européens parqués dans les caves… »
 

« Bien reçu ! »
 

La situation s’éclaircie. POULET déroute sa 2eme section, il l’envoie vers l’ouest reconnaître les abords du couvent Notre-Dame-de-Lumière, tandis que la 3eme investira le couvent  proprement dit.
 

Lui poursuit sa route, guidé par l’Européen qui lui sert de guide.
 

« Vert de Vert 2. Parlez ! » POU se manifeste.
« Vert, j’écoute ! » répond POULET tout en marchant.
« Avons anéanti un groupe de rebelles à proximité de l’objectif ! »
« Reçu, Vert 2 ! »
L’Adjudant POU vient d’entrer en scène. Il le fait comme il fait tout. Avec discrétion et efficacité.
 

POULET poursuit sa route, il dépasse le carrefour Kasavubu, s’engage dans la rue commerçante.
Les boutiques ont été pillées, systématiquement. Et le mot « pillées » est insuffisant. Elles ont été déménagées dans la rue et tout a été détruit, saccagé réduit en charpie comme par un troupeau d’éléphants. L’artère, autrefois animée et prospère ressemble à une gigantesque et sanglante décharge publique.
Car il y a du sang. En petits filets, ou en grosses flaques, ou grouillent de grosses mouches bleues. Emaillées de débris qu’on n’ose identifier…
« Ici Vert. Je me dirige vers le point Charlie1. »
 

A mesure qu’ils avancent vers le lac, au sud de la Vieille Ville, les Légionnaires sont happés par l’odeur effroyable qui se dégage des cadavres échelonnés, de plus en plus nombreux, au long de l’avenue. Gonflés, noircis, aux lèvres éclatées, aux yeux mangés par les corbeaux. Les Légionnaires de la Section de Commandement, se veulent insensible, mais ils répriment des hauts le cœur et évitent de détailler le spectacle. Pour tous ou presque c’est la plongée brutale dans le monde de l’horreur. Une rude expérience.
 

POULET progresse toujours vers le point Charlie qu’il a reçut mission d’occuper et de tenir afin d’interdire le repli des Katangais vers le sud et de contrôler l’isthme de terre qui sépare les lacs Mike et November.
Il fait une macabre constatation, les cadavres d’Européens noircissent et ceux des Africains prennent une couleur crayeuse avec la chaleur et le soleil.
 

Deux de ses sections l’ont rejoint. Il les envoie en reco au point Yankee, les rejoint bientôt, avec son guide.
« Le PC rebelle est là ! » dit celui-ci.
POULET donne ses ordres et lance ses légionnaires en avant, arrive presque en même temps qu’eux sur l’objectif. Quelques rafales deux ou trois grenades. L’objectif est conquis. Au bilan, deux MG42, deux postes radio, un drapeau. Plus des documents qu’il fait aussitôt acheminer au P.C.
Ces docs révèlent bientôt les intentions exactes du F.L.N.C, la façon dont à été conduite l’attaque contre Kolwezi, la nature et l’importance des effectifs engagés et le nom des principaux chefs.
 

Le capitaine THOMAS fait un topo  des renseignements tirés de ces docs :
 

« Les unités constituées katangaises ont décrochées dans la matinée. Seuls des petits groupes demeurent éparpillés dans la ville, principalement dans la cité « indigène » Manika.
 Ce sont au total 11 Bataillons de 300 hommes  qui ont été engagés dans cette « seconde guerre du Shaba ».
6 Bataillons de la 4e Zone de Guerre, en particulier le 1er, le 4eme et le 6eme ont été mis en couverture sur l’axe Kolwezi-Dilolo (face à l’axe de pénétration emprunté l’an passé pour la 1ère guerre du Shaba) en direction de Kasaji et Mutshatsha »
Il poursuit :
« Les Katangais disposent de nombreuses armes lourdes notamment des mortiers chinois de 82, de 81 français « Brandt », et de mortiers commandos de 60.
Le commandant de l’opération « Colombe » - un nom curieux pour de pareilles intentions – est le major MUFU.
Cette ops avait trois objectifs
Primo : s’emparer de Kolwezi.
Secundo : lever une milice sur place
Tertio : attendre les renforts venant d’ANGOLA pour poursuivre vers l’est par Likasi et Lubumbashi.
 

Larguée en queue de 1ère vague la 2ème Compagnie du Capitaine DUBOS est tombée à l’extrême ouest de la zone de saut, dans un endroit boisé qui sépare la Vieille Ville du cercle hippique « Le Bridon », à proximité des éléments du P.C du Colonel ERULIN.
 

« Mission de Rouge, la partie ouest de la Vieille Ville » a précisé le colonel.
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MessagePosté le: Lun 19 Nov - 08:46 (2007)    Sujet du message: Kolwezi, opération du courage ! Répondre en citant

Suite :

Sur son plan au 1/10 000e  DUBOS a tracé au crayon les axes de progression des sections et les principaux objectifs :
L’Hopital de la Gécamines (GCM) et la partie ouest du couvent Notre-Dame-de-Lumière.
 En outre il doit s’organiser de façon à interdire le repli des unités rebelles vers l’ouest en contrôlant  solidement la zone des garages GCM, ou, d’ailleurs il doit récupérer les premiers véhicules indispensables à la motorisation du Régiment. Car édifiée par des Européens Kolwezi est très étendue.
 

Tant que les moyens organiques  du régiment ne seront pas dispos (ils doivent arriver « incessamment, dés que l’aérodrome sera atteint), les compagnies s’essoufflent à parcourir quartiers et avenues et à aller rapidement d’un objectif à l’autre.
 

Pour la 2 l’atterrissage s’est passé sans problème. Sitôt au sol, elle a eu la surprise de découvrir un bivouac rebelle, rapidement abandonné. Sous les arbres les légionnaires dénombrent des emplacements pour plusieurs centaines d’hommes. Des morceaux d’équipements militaires jonchent le sol, des bribes de matériel, des cartouches, des documents, des photos personnelles attestent qu’il y avait là un effectif important et témoignent de la rapidité du « déménagement ».Dans u fossé gît un cadavre dont la tenue verdâtre zébrée de noire porte à l’épaule l’insigne bleu, timbré du tigre doré katangais.
 

DUBOS ne s’attarde pas, il lance ses sections sur leurs axes.
 « Itinéraire, les avenues Grévilléas (nouveau nom Djugu), l’avenue Kyalwe (devenue Msiri), l’avenue des Poivriers et l’avenue des Pins, foncez en direction de l’hôpital de la GCM. »
 

Le Lieutenant RAYMOND (Rouge 2), les Sergents-chefs AOUSTET (Rouge 3) et MILESIE (Rouge 1) ont compris et s’élancent. Ils manoeuvrent comme à l’exercice. De jardins en jardins, faisant bondir leurs voltigeurs par-dessus les clôtures, tandis que les demi-groupes de fusiliers les couvrent en prenant d’enfilade les avenues rectilignes, ils parviennent bientôt à hauteur de l’avenue Kasavubu, l’artère qui traverse de part en part la Vieille Ville depuis les bureaux de la GCM, loin à l’ouest, jusqu’au collège Jean- XXIII sur la périphérie est.
 

« Tout va bien » pense DUBOS. Il est satisfait.
 

Section par section la 2eme Cie investit bientôt l’hôpital de la GCM. DUBOS fait la grimace.
Le colonel lui a dit avant de partir :
« Il faudra impérativement conquérir l’hôpital afin de pouvoir soigner nos blessés puisque nous n’avons pas d’antenne chirurgicale ! »
 

Il ne saurait en être question, l’hôpital est comme tout le reste de la ville saccagée et détruit. Les matelas éventrés ont été balancés dans les couloirs et les cages d’escaliers avec les lits…et parfois les occupants. Les armoires à médicaments ont été défoncées leur contenu écrasé à coups de crosse ou piétiné rageusement. On ne peut plus parler d’hôpital mais de chantier de démolition.
DUBOS rend compte au P.C.
Le médecin principal FERRET est mis au courant. Avec sa petite équipe, l’aumônier-brancardier-infirmier Yannick LALLEMAND fait dire qu’il arrivera aussi vite que possible sur les lieux.
« Hôpital inutilisable ! » confirmera t il à son tour, « Je suis plus utile au P.C  ou je peux soigner les blessés plus paisiblement ! »
La 2 ayant conquis ses objectifs, prend maintenant ses dispositions  pour assurer le bouclage  face à l’ouest.
 

La deuxième vague.
 

Après le décollage de la première vague, les légionnaires constituant la seconde ont commencé à embarquer à bord du DC10 d’Air Zaïre (Air peut être) qui doit les emmenés vers Kamina, à mi-chemin de Kolwezi, ou ils seront transbordés sur les avions rentrant de la première vague.
Elle comportera non pas 200 hommes comme prévu, mais environ 250.
En plus de la 4eme  Compagnie du Capitaine GRAIL (GRIS) se trouvent les hommes de la Section d’éclairage et de reconnaissance (S.E.R) du Capitaine HALBERT. Et ces hommes ne sont pas décidés à abandonner leur part de combat. A l’image de leur chef se sont des « super-parachutistes », cette S.E.R comporte en effet six Sous-officiers et une vingtaine de légionnaires, tous Chuteurs Opérationnels ».
En plus des légionnaires du 2e R.E.P., le DC10 d’Air Zaïre emmène aussi les instructeurs français  du 311e Bataillon para zaïrois.
 

Est présent aussi le Colonel LARZUL qui sautera avec les éléments du P.C. Opérationnel, le Commandant CAPELLI et l’Adjudant LECLERE, il y a aussi quatre convoyeuses de l’air aux ordres du Commandant Solange ROY.
 

Il est prés de 16h00 quand le DC10 se pose sur la piste de Kamina. Légionnaires et parachutistes se lèvent, et récupèrent leur matériel, en attendant dans l’allée centrale que la porte s’ouvre. Elle s’ouvre, pas de problème, Mais rien ne se passe. Par l’ouverture, le steward, l’air ahuri, regarde six mètres plus bas, un employé d’Air Zaïre qui mouline de grands gestes impuissants.
 

« C’est complet, grogne LARZUL, ils ne possèdent pas de passerelle de débarquement pour DC10. »
 

« GO ! » fait un plaisantin dans son dos.
Ils rient. Mais la situation n’est pas drôle. Ils sont 250, bloqués dans la cabine d’un avion, à six mètres du sol, sans possibilité immédiate d’en descendre.
 

« Y a qu’à larguer les tobogans de détresse ! » propose un Sous-off.
« Pas question réplique le commandant de bord, avec vos équipements et vos bagages vous allez crever les boudins d’air.
Les Légionnaires fatalistes se sont rassis. Ils s’efforcent à la bonne humeur, tout en trouvant que la plaisanterie à un goût douteux. Tous savent qu’ils avaient tout juste le temps d’embarquer dans les Transall et les Hercules pour sauter avant la nuit sur Kolwezi.
Le Colonel LARZUL, précise : « nous sommes pratiquement sur l’équateur et la nuit tombe d’un seul coup, sans crépuscule… »
Raison de plus pour se hâter. Mais le problème n’est toujours pas résolu. 
« Comme si c’était le moment de déconner, grogne un légionnaire ; on a besoin de nous à Kolwezi.. »
C’est à cela qu’ils pensent les légionnaires de la 4 et de la S.E.R. ; aux copains qui sont peut être en difficulté, et aux otages qu’il reste à secourir…
Finalement au bout d’une demi-heure de vaines recherches, ils sont « secourus » par un entrepreneur de transport belge, qui se présente sous l’appareil avec un engin de levage.
 

Tout les légionnaires paras et largueurs font  des prouesses pour percevoir les parachutes, adapter les gaines aux harnais (instruits par l’expérience du matin, les hommes ont préparés ficelles et fils de fer), ajuster les sacs et fixer les armes.
 

Déjà les avions arrivent !!
« Plus vite, plus vite ! Grouillez vous !! »
Il est prés de 17h00 lorsque la seconde vague décolle enfin de Kamina.
A l’ouest, le soleil a entrepris sa plongée rapide vers l’horizon qui rougit.
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MessagePosté le: Lun 19 Nov - 08:47 (2007)    Sujet du message: Kolwezi, opération du courage ! Répondre en citant

Suite :

Il était écrit que les hommes de la seconde vague n’auraient pas de chance. Il fait nuit quand ils arrivent à Kolwezi.
 

C’était pourtant pleine lune et on distinguait assez bien le sol. L’ordre tant attendu retentit enfin : « Debout ! Accrochez ! »
A la porte la lumière s’est allumée.
 Se livrant aux mêmes acrobaties que leurs camarades de la première vague, accrocher leur mousqueton à la static-line, se livrer pour le voisin de devant aux contrôles nécessaires, puisqu’une nouvelle fois c’était chose impossible pour les largueurs les rangs étant trop serrés.
Les premiers de stick étaient en position, la tête au dessus du trou noir.
Les avions tournaient depuis dix minutes. La tension était à son comble. Tous attendaient le « Go » libérateur. Mais rien ne se produisait. Et d’un seul coup la lumière s’éteint. Les largueurs à grands coups d’épaules repoussent les premiers de stick vers le fond des cabines. Le saut est annulé.
 

Le retour fut un calvaire, impossible de s’asseoir, le voyage se fit debout jambes fléchies, ou s’appuyant au hasard d’un montant, d’un sac ou les uns contre les autres.
Les avions se posaient non pas à Kamina mais à Lumumbashi, à l’est, à 19h30.
 

Débarquaient, déséquipaient les Légionnaires soupiraient d’aise. Ils râleraient plus tard. Déjà un ordre circulait :
Le saut est reporté à demain. On passe la nuit sur place. Serrés les uns contre les autres pour échapper au froid de la nuit, la seconde vague s’efforçait de dormir sous les ailes des avions.
 

Le Colonel ERULIN à hésité avant de renoncer au largage de la seconde vague. Il imagine la déception de ses Légionnaires qui vont s’en retourner, frustrés. Mais il peut se permettre d’attendre le lendemain ; les 3 Compagnies qui sont engagées depuis la fin de l’après-midi ont été brillantes dans leur action et la ville et le Régiment ne court pas de réelle menace.
 

Et tandis qu’il entend le ronronnement des avions qui s’éloignent vers l’est, il pense aux péripéties de cette fantastique journée. Il est fier de ses Légionnaires, très jeunes pour la plupart, mais au comportement sur le terrain digne de vétérans. Il ne peut s’empêcher de se demander ce qui les a poussé ainsi en avant. L’heure n’est pas à la philosophie, mais il imagine le poids qu’à du peser dans la balance la tradition des Légionnaires Parachutistes, une tradition d’héroïsme, de courage et de foi qui avait conduit les <<bérets verts>> à la pointe du combat en INDO et en ALGERIE, une tradition lourde à porter pour ces jeunes qui en étaient les héritiers, inquiets de savoir s’ils en étaient dignes.
 

SAMEDI 20 MAI
 

-Nuit du 19 au 20 Mai
 

  Le Colonel ERULIN a donné ordre aux Compagnies de tendre des embuscades à la périphèrie de la ville afin d’empêcher les rebelles de s’infiltrer vers le centre ou d’errer dans Kolwézi après être sortis de leurs caches.
 

  A 20h30 il a transféré son PC au Lycée Jean XXIII pour être au centre de son dispositif. Déjà de nombreux Européens s’y présentent, en dépit des consignes données de rester calfeutrés dans les maisons.
 

  Le Lieutenant-Colonel BENEZIT les accueille, avec le Capitaine LEGRAND. Ils écoutent les récits de cette semaine infernale, plein de compassion pour tout ce qu’on enduré ces hommes et ces femmes épuisés, hagards, à bout de nerfs :
<< Vous savez nous ne serons jamais assez reconnaissants au Président GISCARD d’ESTAING d’avoir permis que l’on vous envoie… Nous n’oublierons pas.>>
 

  Pendant ce temps avec le Capitaine THOMAS, officier de renseignements, et le Capitaine COEVOET, officier opération, le Colonel ERULIN à fait le bilan de cette brève journée de combat :
Un bilan extraordinairement positif : une centaine de rebelles abattus, deux auto-mitrailleuses détruites, de nombreuses armes récupérées, lourdes ou individuelles. Coté 2e R.E.P. on ne compte pour l’instant que trois ou quatre blessés et cinq absents : les tireurs L.R.A.C. qui n’ont pas encore rejoint et ne sont pas encore portés disparus. L’opération <<Léopard>> est d’ores et déjà un succés.
  Une à une les Compagnies rendent compte de leur mise en place. Pour les Légionnaires, cela constituera leur troisième nuit sans dormir. Une habitude. En manœuvre aussi, ils passent souvent des nuits blanches.
 

  A la 3e du Capitaine GAUSSERES (Noir) les sections sont en position. L’Adjudant IVANOV (Noir 3) s’est éclairé au-delà du point Roméo. Il trouve deux villas qui, contrairement aux autres maisons du quartier ne sont pas vides. Deux familles s’y terrent depuis le 13 Mai, une Belge et une Française. Elles ont bloqué toutes les issues et se sont cachées entre toiture et plafonds, avec seulement un peu d’eau et quelques vivres. L’accueil de ces gens à ému les Légionnaires. Le Sergent-Chef  LEREL a été embrassé par les femmes avec une fougue qui l’a laissé pantois..
  Noir ? Ici Soleil.
GAUSSERES prend le combiné et écoute les consignes du Colonel ERULIN :
 Noir écoute.
 << On vient de m’affirmer qu’il y aurait un charnier d’une quarantaine de Blancs dans la région de Sierra. Poussez une reconnaissance jusque là-bas et tâcher de retrouver ce charnier. >>
 

  Le renseignement a été fourni par Charles DORNAKER, l’un des Européens découverts à la prison par le Lieutenant BOURGAIN. DORNAKER a assisté de loin au massacre qui s’est déroulé dans les bureaux de la société Baron-Levêque à la suite du parachutage  de la Compagnie de paras Zaïrois. DORNAKER a été sauvé  par miracle du carnage par son gardien qui a tenu à l’emmener à la prison.
 
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Briard
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MessagePosté le: Lun 19 Nov - 08:48 (2007)    Sujet du message: Kolwezi, opération du courage ! Répondre en citant

Suite :

ERULIN a été atterré par le récit. Il en croit à peine ses oreilles. Peut être espère t il, contre toute logique, qu’il y aura des rescapés. Et si c’est le cas, ne doit on pas tout tenter pour leur épargner une nouvelle nuit de souffrance et d’angoisse ?
  Le charnier se trouve en réalité à trois cent mètres au sud, sur l’avenue Gungu, sans doute DORNAKER, n’a-t-il plus de souvenirs précis.
 

  GAUSSERES se met en route il a pris une escorte légère, quelques Légionnaires et l’Adjudant IVANOV.
Le reste de Noir 4 est resté en arrière aux ordres du Sergent-Chef  LEREL. Le petit groupe n’a pas fait cent mètres que l’odeur affreuse répandue sur la ville se fait plus dense encore. Presque compacte. Elle semble humecter la peau, coller aux vêtements. Tout sent la charogne. GAUSSERES comprend vite : il bute sur un cadavre, puis sur un autre. Il y en a tous mètres, parfois sur deux épaisseurs. Ces gens, Noirs et Blancs, ont été abattus sur le seuil de leur maison… Depuis combien de temps ? C’est impossible à dire. L’état de décomposition dans lequel ils se trouvent laisse penser que la tuerie à dû avoir lieu mardi ou mercredi matin au plus tard.
  Une vision de cauchemar ! Mais le pire reste à venir. C’est une fillette à laquelle il manque une jambe déchiquetée par les chiens, les chiens qui ont dévoré la cuisse d’un homme dont on aperçoit le fémur à demi rongé, qui ont lacéré le bas ventre d’une femme…des chiens qui n’ont pas abandonné leurs proies et qui à distance hurlent à la mort.
 

 -Une auto, mon Capitaine
C’est une auto en effet. GAUSSERES hésite. Doit il ouvrir le feu ? Peut être s’agit il d’Européens fuyant la Nouvelle Ville pour chercher refuge auprès des Légionnaires ? Comment le savoir dans la nuit. De toute manière c’est trop tard, la voiture une Volkswagen, a tourné le coin de l’avenue et file plein ouest, vers le pont Alpha que tient la section WILHELM. Noir 2 rend compte.
-Voiture détruite. Occupants ont ouvert le feu et se sont évanouis dans la nature…
-Mouvements suspects autour de ma position, ajoute t il. Des gus se regroupent. Ils ont de drôles de cris de ralliement.
  Un silence, puis GAUSSERES entend distinctement des explosions de grenades. Puis des rafales de F.M.  Il reconnaît le rythme particulier de l’AA52
 -Rebelles en fuite, dit Noir 2. Dans la voiture un cadavre en tenue, un P.M., une fusée <<katioucha>> et des documents.
  -Noir reçu.
 - Rebelles se replient sur Noir 4
 -Noir 4 reçu.
Noir 4 c’est le Sergent-Chef LEREL qui est resté sur place après le départ du Capitaine. Qui fouille les abords de Sierra à la recherche du charnier. Il faudrait une compagnie pour accomplir cette tâche, tellement la zone est vaste. GAUSSERES rend compte.
  -Ici Soleil ! Retournez à Roméo.
  GAUSSERES fait demi tour.
 -Noir ? Parlez… chuchote la voix de LEREL
 -Noir écoute ! Répond GAUSSERES à mi voix.
 -Un groupe hostile se dirige vers vous. Six rombiers. Tous armés.
 -Reçu Noir 4. Je m’en occupe.
 GAUSSERES et IVANOV se répartissent les trottoirs du boulevard. L’équipe feu à droite, l’équipe choc à gauche. Ils attendent. Longtemps. Le groupe hostile prend ses précautions sans doute. Et soudain les Légionnaires se crispent sur leurs armes. Ils ont entrevu deux silhouettes claires suivies de quatre silhouettes plus foncées. Le groupe se déplace sur le trottoir de gauche, dans le secteur d’IVANOV et du groupe lourd. L’Adjudant les laisse approcher. A quinze mètres, il lance le signal. Toutes les armes crachent à la fois. Brièvement. Les Légionnaires sont surs de leur tir.
 IVANOV va aux résultats. Quatre hommes gisent au sol. Le groupe récupère cinq armes et un porte documents.
 -On rentre à Roméo, dit GAUSSERES.
 

  A l’autre bout de la ville aux lisières ouest de Kolwezi, la 2e Cie de BUBOS (Rouge) ne reste pas inactive. Dés la tombée du jour, le Lieutenant RAYMOND a intercepté avec sa section un petit groupe de katangais. Deux tués. Deux armes récupérées. Le troisième a réussi à s’enfuir.
 Toute la nuit, le Lieutenant RAYMOND va de poste en poste, patrouillant avec son radio, le Caporal BAREDA. A 5h30, au moment où le ciel s’illumine à l’est, il se trouve à proximité de l’enceinte de l’hôpital. Des rafales claquent.
BAREDA est touché au bras. RAYMOND reçoit un violent choc à la tête. Une balle a traversée le bord de son casque lourd, ouvert l’arcade sourcilière. Deux centimètres plus à gauche, il été mort. Aveuglé par le sang, RAYMOND est aussitôt évacué. Son adjoint le remplace.
 A l’infirmerie volante, le Père LALLEMAND vient voir le jeune officier :
Vous voyez, ça a du bon les consignes. Un casque ça peut servir parfois, lui dit il
 

  Il fait jour. La 8e journée depuis le début du cauchemar à Kolwezi. Les Européens sortent dans les jardins, encore incrédules de pouvoir ainsi bouger sans rien risquer.
 Pour la 1ère fois depuis le 13 Mai, ils ont pu dormir. Pour de vrai.
  Un vrombissement profond leur fait lever la tête. Les mêmes avions qu’hier se présentent au dessus de la ville. C’est la seconde vague de parachutistes. Ils viennent à la rescousse. Désormais, le 2e R.E.P. est au complet.
 

  Largué à l’est de la Nouvelle Ville, en lisière du Quartier <<P2>> ou se sont déroulés les premiers assassinats, le Capitaine GRAIL, commandant la 4e Compagnie (Gris), à rapidement regroupé ses sections. Il a reçu ses ordres et parfaitement repéré ses objectifs.
  GRAIL est un fonceur. Impatient de combler le retard pris sur ses camarades. Il sait que les autres Compagnies n’ont pu encore parvenir dans ce quartier de Kolwezi et espère pouvoir sauver quelques otages.
  Bernard GRAIL, commande sa compagnie depuis un an. Il l’a reçue, avec émotion, de COEVOET, le <<Grand Koudou>>.
-         Prends en soin, a-t-il dit : je l’ai eu pendant 3 ans…
  GRAIL a souri. COEVOET aussi. Il savait qu’il n’avait pas a se faire de souci, sa 4 était en de bonnes mains. GRAIL appartenait à la même promotion que POULET, de la 1ère, celle qui portait le nom de BRUNET de SAIRIGNE.
-         Mission, lui a précisé le Colonel ERULIN : mener une action à revers en direction du carrefour « Sierra » et du carrefour « Tango » en fouillant la partie est de la Nouvelle Ville.
  Les Sections s’ébranlent par l’avenue Gungu. L’une à droite investit l’ancien PC des FAZ. L’autre, les bureaux de la société BARON-LEVEQUE. C’est elle qui découvre le charnier dont Charles DORNAKER avait parlé hier soir au Colonel ERULIN. Ce charnier dont les photos atroces – parmi les plus visibles – vont faire le tour du monde, à la « une » des principaux magazine et révéler aux lecteurs stupéfaits, puis bouleversés, puis indignés, toute l’étendue de l’horreur de Kolwezi. Un enfant le crâne fracassé, des hommes, des femmes entassés, déchiquetés par les balles et les éclats de grenades.
-         J’ai trouvé le charnier, informe GRAIL. Impossible de dénombrer les corps. Sûrement plus de quarante.
 Grail a fait effort pour empêcher sa voix de trembler. Il se réfugie dans la sécheresse du compte rendu. Son infirmier regarde, impuissant, l’épouvantable gâchis de vies humaines. C’est lui qui va découvrir, sous l’entassement de cadavres, une femme qui respire encore.
  C’est encore GRAIL qui récupérera, un peu plus tard, les deux miraculés, JURMANN et MICHEL, qui s’étaient cachés dans le plafond…
-         Il était temps que vous arriviez, disent les deux hommes à demi mort de soif, de faim, d’épouvante. Nous n’aurions pas tenu une journée de plus. Nous avions décidé de sortir, au risque d’en mourir. Il fallait en finir. D’une façon ou d’une autre…
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MessagePosté le: Lun 19 Nov - 08:49 (2007)    Sujet du message: Kolwezi, opération du courage ! Répondre en citant

Suite :

Les Légionnaires sont attérés. Eux qui se veulent impavides, que la presse à sensation présente souvent comme des aventuriers au cœur sec, professionnels sans passions, sont bouleversés au-delà du possible.
  Le spectacle est insoutenable, révoltant. Et chaque découverte macabre provoquera ce même sentiment, cette même stupeur douloureuse.
  Ils bne s’habitueront pas à l’horreur. Jusqu’au dernier jour, elle leur semblera monstrueuse.
  -Dire qu’il y aura des gens pour critiquer notre intervention, grognent quelques cadres
  -Ils devraient venir ici. Voir. Respirer cette odeur. Entendre les chiens hurler en s’enfuyant, les babines encore sanglantes..
  -Critiquer notre action ne serait pas seulement indécent. Ce serait stupide…
 

  Un peu avant cinq heures, au moment ou les C130 approchaient de Kolwezi, le Colonel ERULIN avait relancé l’action de ses compagnies :
  -Vert, votre mission est de foncer au sud de Kolwezi sur la route de Kapata.
  Le Capitaine POULET a répondu, puis il a jeté ses ordres d’une voix brève. Ses sections se sont mises en route aussitôt. Par une série d’actions rapides et une succession de petites manœuvres très efficaces, adaptées aux circonstances et au terrain, la 1ère parvenait à accrocher de nombreux groupes de fuyards, en abattre quelques uns et récupérer une importante quantité d’armes.
  -Malheureusement nous n’avons trouvé aucune trace d’Européens.
  Du coté de la 2, à l’ouest de l’Ancienne Ville, la progression a repris, tandis que la S.E.R. du Capitaine HALBERT, à peine parachutée et déjà opérationnelle, partait vers le nord, fouillait l’ancien camp de la gendarmerie et pénétrait dans la cité « Forrest ».
  Là encore, les comptes rendus ont été négatifs :
-         Plus aucun Européen vivant…
  A la 3ème Compagnie a échu la conquête et la fouille de la cité « indigène » de Manika :
  Noir de Soleil. Voici votre mission : emparez vous de la totalité de Manika pour ne pas laisser le temps aux rebelles de massacrer les otages qu’ils auraient pu emmener avec eux. D’où nécessité d’aller vite.
  GAUSSERES opine. Il a conscience de l’importance primordiale de la rapidité d’intervention ; d’autant plus qu’il sait que la plupart des miliciens, levés par les Katangais à leur arrivée à Kolwezi samedi dernier, sont encore armés. Manika doit en cachés beaucoup ; ainsi que des armes et des munitions.
-         Si nous agissons rapidement nous éviterons l’organisation d’une défense cohérente.
-           -Noir de Soleil : je vous signale également que les troupes belges vont être aérotransportées dans la matinée sur l’aérodrome de La Plaine. Au sud de votre objectif. Donc, vigilance : évitez la confusion…
  GAUSSERES comprend que ses délais sont raccourcis encore : Il doit tenir Manika avant l’arrivée des Belges s’il veut empêcher les rebelles de leur interdire l’accés à Kolxezi en se plaçant en bouchon sur leurs axes de progression.
  -Noir 1, parlez…
  Lez Lieutenant BOURGAIN n’a rien perdu de la conversation.
Il répond aussitôt :
-         Noir 1, j’écoute.
-           -Dirigez vous vers le carrefour « Whisky ». Je progresserai moi même avec Noir 2 le long de la voie ferrée² qui longe Manika à l’est.
-           -Reçu.
 

  BOURGAIN donne le signal de la mise en route. Il n’a pas fait cent mètres sur l’avenue Okito, qu’il est sous le feu de tireurs isolés qui cherchent à retarder sa progression. Dans le labyrinthe de ruelles de la cité de Manika, qui serpentent entre le trac é originel, en damiers réguliers, prévus par les urbanistes, mais dédaignés par l’imagination africaine, les rebelles ont la partie facile. BOURGAIN fait manœuvrer ses groupes, en échelons successifs, mais son avance est ralentie par la densité et la précision des tirs, pratiquement incessants. Il sent qu’il a, devant lui, des hommes décidés à conserver le terrain. Il en rend compte à GAUSSERES.
  De son coté, le Capitaine a lui aussi des problèmes avec d’autres snipers. Il s’est fait « allumer » dés qu’il a débouché à découvert le long de la voie ferrée. Du nord, et de l’est de Manika, des tireurs tentent de stopper sa progression. Les balles sifflent aux oreilles des Légionnaires qui avancent, bond par bond. Il faudra une bonne heure pour arriver à la hauteur du passage à niveau, situé environ à 250 mètres de l’église protestante. Il est 07h00.
  Au passage à niveau, sa carte sur la cuisse repliée, le Capitaine GAUSSERES fait le point. Il ne s’y retrouve pas facilement :
  -Et en plus, observe un Légionnaire, écoeuré, le soleil est mal placé…
 En effet au sud de l’équateur, le soleil se déplace dans l’hémisphère nord…
  GAUSSERES sourit à la réflexion. Cela ne le distrait pourtant pas de sa carte.
  -Une vraie médina cette cité, grogne t il.
Une rafale bien ajustée fait voler la poussière devant lui. Un prompt réflexe le jette dans le fossé, le nez au ras du ballast où ricochent les balles. GAUSSERES grimace. Les « Katangais » tirent bien. Il va falloir marquer un temps d’arrêt pour manœuvrer.
  -Bon sang, se dit le Capitaine : comment vais-je faire pour aborder cette lisière à laquelle ces salopards ont l’air de tenir tant ?
  Les toits des baraques de tôles affleurent le faîte des murets qui les entourent. Des manguiers, des acacias, des jaracandas permettent aux snipers de se dissimuler pour ajuster leurs tirs. Pour rejoindre BOURGAIN, au point « Whisky » la progression ne va pas être facile.
 

  Un seul bâtiment domine cette lisière et peut permettre d’y voir plus clair. C’est l’église protestante que GAUSSERES prend aussitôt dans le champ de ses jumelles.
  -OK, conclut il : voici un excellent observatoire. J’y vais.
  Il va se lever. Une exclamation le stoppe. C’est l’Adjudant HESSLER qui l’a poussée. Il désigne un point dans le sud :
  -Mon Capitaine. C’est quoi ces « rombiers » ?
Ces « rombiers », comme dit HESSLER, ce sont des soldats en tenue sombre. Ils sont coiffés du béret « amarante »
  -Merde, s’exclame GAUSSERES. Voila les Belges !
Il leur fait signe. Un Lieutenant s’approche. Le Capitaine essaie de se faire expliquer le but et le sens de la manœuvre qu’ils exécutent. En vain. Le Belge reste évasif.
 

  -Quel est le nom de votre commandant de compagnie ? demande t il, à tout hasard, pour meubler la conversation jusqu’ici stérile.
  Le Lieutenant rougit (GAUSSERES se demande pourquoi) et répond :
  -Le Capitaine DE WULF, mon Capitaine.
  -Ah ! Mais je le connais très bien. J’étais avec lui à l’Ecole des T.A.P de Pau-Astra, en stage de capitaine para l’année dernière. Pouvez vous lui demander de venir jusqu’ici.
  DE WULF arrive peu après, le visage fendu par un sourire réjoui. Les deux Officiers tombent dans les bras l’un de l’autre. La fraternité d’arme est plus forte que les palinodies gouvernementales ou les rivalités d’Etats. Belge ou pas Belge, un copain est d’abord un copain.
  Penchés sur leurs cartes, les deux Officiers s’expliquent mutuellement leurs objectifs et leurs missions. En fait les Belges doivent effectuer en sens inverse le chemin parcouru par la 3ème Compagnie, en remontant vers la ville Européenne.
  -J’ai pour tâche de rassembler tous les Européends qui restent au centre de Kolwezi, explique DE WULF. Puis, par la route, je dois les évacuer sur l’aéroport dans les délais les plus courts.
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Dernière édition par Briard le Ven 11 Nov - 22:19 (2011); édité 1 fois
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 03:07 (2016)    Sujet du message: Kolwezi, opération du courage !

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